2017, la mode française perd trois grands noms

By on 19/11/2017

Il est des années plus pénibles que d’autres en matière de disparitions de grands noms. Même si la mode aime se montrer sous son plus beau jour, elle ne fait pas exception à la règle et 2017 aura été, hélas, trop chargée en mauvaises nouvelles avec la perte d’Azzedine Alaïa, Hervé Leger et Emmanuelle Khanh, qui ont marqué et révolutionné son histoire.

 

Atypique, petit par la taille, mais grand par le talent, le couturier Azzedine Alaïa est mort le 18 novembre 2017. Victime d’une chute, il y a une dizaine de jours, il a été transporté à l’Hôpital Lariboisière à Paris. Plongé dans le coma, il est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à l’âge de 77 ans.

Alaïa, robe bustier, couture PE 2003 Bustier de cuir moulé et jupe en taffetas Archives personnelles de Monsieur Alaïa © Patrick Demarchelier

Né le 26 février 1940 à Tunis, il commence à travailler très tôt en apprenant son futur travail de couturier en aidant sa sœur Hafida à faire des finitions pour une couturière. Parallèlement, il ment sur son âge pour débuter à quinze ans, des études de sculpture aux Beaux-Arts de Tunis, dont il sort diplômé. Son talent et sa précision le font remarquer par Madame Richard, une couturière française, qui achète des patrons de haute couture de Paris pour les dupliquer pour de riches clientes tunisiennes.

Il débarque en France dans les années 60 et intègre immédiatement la maison Christian Dior, sous l’égide d’Yves Saint-Laurent, mais n’y restera que 5 jours pour faute de papiers. Il poursuit alors sa formation chez Guy Laroche et Thierry Mugler, avant de se constituer, dans son petit atelier de la rue de Bellechasse, une clientèle privée, dont beaucoup sont issues du monde du spectacle ou des arts.

Le couturier franco-tunisien monte sa maison éponyme en 1980 à l’âge de quarante ans. Réputé pour ses créations ultra-féminines, ses robes sculpturales, ses lignes moulantes, ses coupes en biais, il ne cesse d’explorer la construction du vêtement, tout en intégrant des matières innovantes.

Il reçoit deux oscars de la mode en 1985, mais sa timidité, sa discrétion et son caractère bien trempé lui font garder les pieds sur terre, ne succombant pas pour autant à la folie des shows spectaculaires qui font leurs apparitions dans les années 90. Il décide alors de ne plus suivre le timing du calendrier officiel de la Fédération de la haute couture et de la mode en ne présentant ses collections qu’une fois que ces dernières sont parfaitement abouties. Ce nouveau système le fait boudé de la presse, mais les clientes lui restent fidèles, son goût de l’exigence se reflétant dans ses créations.

Son esprit libre, le pousse même à refuser en 2011, la proposition de Dior de prendre la succession de John Galliano.

Dans une volonté d’indépendance, Azzedine Alaïa signe en 2000 un partenariat avec le maroquinier Prada, lui permettant de développer des accessoires à forte valeur ajoutée, dont les chaussures, tout en conservant sa liberté de création en gardant la propriété de son nom en tant que marque.

En 2007 l’union prend fin, le travail artisanal du couturier, ne rentrant pas dans la logique de marque du groupe de luxe, plutôt dirigé vers le mass market haut de gamme, Azzedine Alaïa rachète alors toutes ses parts et s’allie à la Compagnie Financière Richemont.

Depuis 2011, la marque est devenue « membre correspondant » de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, même si cette dernière ne défile qu’au rythme imposé par son créateur.

En 2013, pour sa réouverture après de grands travaux, le Palais Galliera, choisis de rendre hommage à Azzedine Alaïa , avec une grande exposition rétrospective, qui signera une des plus belles installations du musée.

Exposition Alaïa Palais Galliera_2013

Exposition_Alaïa_Palais_Galliera_2013

Difficile d’imaginer une maison aussi atypique et à contre-courant sans son créateur ? Que va devenir ce nom sans l’âme Azzedine Alaïa ?

Azzedine Alaïa : 26 février 1940 – 18 novembre 2018.

 

Né Hervé Peugnet, mais connu sous le nom d’Hervé Léger, ce couturier de génie est décédé le 6 octobre 2017, à l’âge de 60 ans, des suites d’une rupture d’anévrisme.

C’est en 1985 que la marque Hervé Léger voit le jour, sous le conseil de Karl Lagerfeld qui trouve « Peugnet » trop difficile à prononcer pour les anglophones.

Herve_L_Leroux_©_Ali-Mahdavi

Dans la veine des stylistes de l’époque (Claude Montana, Thierry Mugler, Gianfranco Ferré, Azzedine Alaïa…), il se spécialise dans les robes moulantes sexy taillées avec des tissus stretch habituellement utilisés par l’industrie de la lingerie, qu’il décline dans toutes les couleurs. Il utilise également la laine, le jersey de soie, le coton, ainsi que le viscose, le lycra ou l’élasthanne, et autres matières gainantes dans la seule volonté d’embellir le corps de la femme.

Quelques années plus tard, il intègre à ses robes et jupes des bandes de tissus élastiques et invente la robe à bandes, qui devient immédiatement sa signature. Au début des années 90 la marque défile lors des Paris Fashion Week et ses créations sont portées par les plus grands top models de l’époque.

En 1993, le groupe de spiritueux Seagram achète la marque pour un rapprochement entre les champagnes Mumm et Hervé Léger. La marque perd alors en crédibilité, le nom est revendu en 1998 à BCBG Max Azria Group qui souhaite se diversifier. Le couturier est alors renvoyé et remplacé par Jerôme Dreyfuss, puis par Michel Harcourt. Malgré le lancement de deux parfums et la reprise du style par Lubov, la femme de Max Azria, en 2007, la marque connaît quelques petits succès, mais ne retrouvera jamais le succès sans son créateur.

A la suite de la vente de sa marque, ne pouvant plus utiliser son nom d’Hervé Léger, il commence une collaboration avec Wolford pour le prêt-à-porter, la lingerie et les maillots de bain.

En 2002, devant le constat qu’il possède toujours une clientèle privée, commandant environ 200 modèles par an, il prend, toujours sur les conseils de Karl Lagerfeld, le patronyme d’Hervé L. Leroux et ouvre sa nouvelle marque avec une boutique au cœur de Saint-Germain-des-Prés.

De 2004 à 2006, il occupe le poste de directeur artistique chez Guy Laroche.

Il redevient « membre invité » de la Chambre Syndicale de la Haute Couture » fin 2012 dans le cadre de la Paris Fashion Week et début 2013, il présente dans son atelier une collection de douze modèles colorés sans les traditionnelles bandes, mais drapés tout en sculptant le corps de manière invisible.

Hervé L Leroux SS 2013

Hervé Peugnet dit Hervé Léger : 30 mai 1957 – 6 octobre 2017.

 

Considérée comme l’une des pionnières du prêt-à-porter, la styliste Emmanuelle Khanh est décédée le 17 février 2017, à l’âge de 79 ans, des suites d’un cancer.

Si aujourd’hui, le nom survie surtout grâce à sa licence lunettes, cela n’est pas un hasard, la styliste ayant une passion pour ces dernières en version XXL. Elle les avait transformée en vrai accessoire de mode pour les jeunes femmes de l’époque. Son image restera indissociable de ses impressionnantes montures.

emmanuelle_khanh

Elle débute sa carrière en tant que mannequin chez Balenciaga et Givenchy dans les années 50. Elle lance en 1962 la griffe Emma Christie, avec une autre styliste, Christiane Bailly.

En 1964, elle déclare : « La Haute Couture est morte. Je veux créer pour la rue ».
Styliste, free-lance jusqu’en 1970, elle travaille pour des boutiques ou des marques comme Dorothée Bis, Laura, Sam Rykiel, mari de Sonia, Cacharel, Missoni ou le catalogue La Redoute.

En 1972, elle lance sa marque éponyme et imagine les lunettes oversized qui deviennent iconiques. En plus du prêt-à-porter et des lunettes, elle touche à tous les domaines de la mode en proposant des lignes de vêtements de ski, doudounes, parapluies, soutiens-gorge et fourrures.

Elle arrête ses activités en 1997.

A la fin des années 2000, un groupe hollandais réveille la marque avec à sa tête Didier Marder, ancien de LVMH. La première mesure est de relancer les célèbres lunettes puis les accessoires en collaborant avec les mêmes usines d’Oyonnax, dans le Jura, qui ont fait leur succès.

Une collection capsule en maille pour l’hiver 2016-17, signée du nouveau directeur artistique Sam Attyé et supervisée par la styliste à vue le jour, signant ainsi le grand retour au prêt-à-porter.

Emmanuelle_khanh_Accessoires_2016

Emmanuelle Khanh : 12 septembre 1937 – 17 février 2017.

 

Moins médiatisé que ces noms illustres, l’italien, Raffaele Borriello, travaillant plutôt dans l’ombre de grandes maisons, nous a également quitté le 4 juillet 2017 à l’âge de 46 ans, suite à des complications survenues lors d’une opération chirurgicale.

Après avoir fait ses armes chez Balmain, Cucci, Yves Saint-Laurent et Sonia Rykiel, il imagine, en 2006, la marque Requiem en association avec le designer Julien Desselle. Le nom, grâce au style empreint de l’élégance des Parisiennes des années 50, se fait vite remarquer, mais ne survivra pas à un marché trop concurrentiel détenu par les gros groupes.

De 2012 à 2014, il prend la direction artistique de Léonard Paris.

Leonard_Paris_PE_2013_par_Raffaele_Borriello

Il reste ensuite un an chez Vionnet, avant de s’envoler pour la Chine pour devenir conseiller créatif de Shangai Tang où il a été promu directeur artistique de la ligne femme en 2016.

Raffaele Borriello: 1971 – 4 juillet 2017.

Frédéric Blanc

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