Haute Couture Automne-Hiver 2018-19

By on 05/09/2018

Pour la saison haute couture automne hiver 2018-19, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode a proposé 34 défilés dans son calendrier officiel. Si seulement 21 maisons possèdent l’appellation haute couture, les autres noms, quant à eux, profitent de l’appui de la fédération pour défiler avec leur collection prémium, en bénéficient de la présence des clientes et de la presse internationale.

 

Le calendrier s’est enrichi de deux nouveaux noms. Le duo dano-irlandais Aganovich et le couturier marocain Noureddine Amir.

Créée en 2010, la maison Aganovich est le mélange de deux esprits créatifs, celui de la danoise Nana Aganovich, diplômée de la Centrale Saint Martin’s School, et de l’irlandais Brooke Taylor. Déjà soutenue par la Fédération, la maison a participé à la première édition de Designers Apartment en 2012. Sa présence durant cette semaine lui permet une nouvelle mise en avant. Entre mode inspirée du passé et coupes avant-gardistes, le duo persiste et signe dans son concept : une mode intemporelle, luxueuse et recherchée.

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Né à Rabat en 1967 puis diplômé d’Esmod Casablanca en 1996, Noureddine Amir vit et travaille depuis à Marrakech. Son nom commence à circuler suite à une collaboration avec l’artiste iranienne Shirin Neshat, pour la création de costumes de cinéma. Dès 2001, il défile au Maroc, en particulier à Casablanca, où il se distingue en présentant des haïks, de grandes étoffes rectangulaires portées par les femmes musulmanes d’Afrique du Nord, par dessus les autres vêtements. Son travail architectural l’a également fait remarquer par de nombreux musées, comme le Musée de la Mode à Anvers, le Musée des Beaux-Arts de Lille. Il participe aussi à des expositions temporaires comme « Le Maroc contemporain » à l’institut du Monde Arabe, ou encore à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent de Paris qui lui offre la possibilité d’exposer pour la première fois en France en 2016 puis au printemps 2018, où elle lui ouvre la salle d’exposition temporaire du musée YVES SAINT LAURENT MARRAKECH.

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Alors qu’habituellement les maisons de haute couture défilent chaque saison, Adeline André et Maurizio Galante dérogent à cette règle, en ne défilant qu’une fois par an. Cette année, la spécialiste du minimaliste, Adeline André, a présenté sa vision très personnelle de la haute couture. Loin du show off de certaines maisons, les tenues se font remarquer par leur étonnante simplicité, nécessitant cependant une incroyable complexité de réalisation. Une des rares à s’intéresser à l’homme, elle propose un vestiaire masculin sobre, dans la droite ligne de sa mode féminine. Pour preuve que sobriété ne rime pas forcement avec ennui, certaines tenues sont modulables et comme à son habitude, elle n’hésite pas intervenir sur le podium pour les transformer.

Adeline_Andre_Haute-Couture_AH_2018-19_©_olesya_Okuneva

 

Maurizio Galante est bien plus qu’un grand couturier, architecte, designer et inventeur, son travail est la création en général, quel que soit le domaine. Amoureux de l’humain et ouvert sur le monde, sa dernière collection « Rabat Cipango, carnet de voyage » en est la preuve. Pour la réalisation des pièces, il a travaillé avec un atelier de broderie marocain en collaboration avec l’association AMESIP de Touraya Bouabid , venant en aide aux enfants en situation précaire. Avec ces tenues réalisées entre le Maroc et son atelier, Maurizio Galante souhaite rendre le vêtement moins futile, en permettant par l’intermédiaire des commandes des clientes de venir en aide aux plus démunis. Son ouverture sur le monde se remarque également par le choix des tissus provenant du Japon, d’Inde, mais aussi par des caftans et des djellabas.

Pour les amatrices de haute couture et de voyages, 15 pièces issues de cette collection sont exposées à l’Institut du Monde Arabe jusqu’à fin septembre 2018.

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Pour son deuxième défilé  Givenchy haute couture, Clare Waight Keller a livré l’un des plus beaux moments de cette semaine, avec une collection rendant hommage à Hubert de Givenchy, décédé le 10 mars 2018.

Sur fond de « Moon River », interprétée par Audrey Hepburn, muse et amie intime du fondateur de la Maison, les mannequins, sur podium noir, ont défilé avec des allures de vestales, dans des pièces structurées aux volumes maîtrisés enrichis de plumes et broderies complexes.

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Le noir et le blanc largement majoritaires sont rehaussés de tonalités bleu nuit, rouges, orange, vertes et métalliques argentées, grâce aux bijoux et aux broderies.

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Alexandre Vauthier, le plus contemporain des grands couturiers a, comme à son habitude, imaginé le dressing de la femme moderne, active, indépendante et sexy. Amoureux de la mode et de l’élégance, il prend appui sur le style d’Yves Saint Laurent, lui aussi avant-gardiste en son temps, pour un riche dressing haute couture sans concession à son style.

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Le style architectural de Stéphane Rolland reste la base de son travail. Les lignes droites sont cependant twistées par plus de fluidité, dans des grandes tenues du soir, ainsi que quelques-unes de jour. Ici la femme reste toujours une décideuse qui impose son style par son allure sans concession. Sa force de caractère se dessine dans son allure altière.

Comme la saison précédente, en raffinement ultime, quatre parures et un diadème d’exception signés Boghossian viennent parer des tenues.

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Jean Paul Gaultier prend pour point de départ, le smoking. Tenue du soir masculine par excellence, elle fait scandale quand Yves saint Laurent la féminise en 1966. Décliné sous toutes ses formes y compris les plus fantaisistes, le smoking accompagné de son inséparable chemise blanche se réinterprètent ici pour chaque moment de la journée et du soir, pour une élégance moderne. Si la maison a stoppé ses lignes de prêt-à-porter, le couturier profite de ce thème, au combien masculin, pour présenter quelques pièces à destination des messieurs.

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Alexis Mabille réinterprète son style de saison en saison. On y retrouve toutes ses tenues fétiches, aux couleurs chatoyantes, qui font plus penser à un dressing estival qu’hivernal. Mais, il vrai que la haute couture ne possède pas de saison, s’adressant à une clientèle cosmopolite, qui voyage aux quatre coins du monde, sans réelle notion du temps.

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Elie Saab qui a présenté sa collection baptisée «  De forme et de lumières », au musée des arts décoratifs, lieu émotionnel où la maison a pour la toute première fois défilé en haute couture à Paris, puise sa source dans le souvenir d’un voyage à Barcelone. Influencée par les études architecturales de Gaudi, notamment de son chef-d’œuvre Casa Mila –« La Pedrera », la relation entre lumières, formes et structures naturelles est devenue une source d’inspiration majeure du couturier. Avec des silhouettes et des détails ornementaux représentant les formes sinueuses du monde végétal, des motifs complexes prennent vie grâce aux broderies signature de la Maison. La lumière joue un rôle central, mettant en valeur la transparence aérienne qui infuse délicatement chaque étoffe, tout en reflétant l’éclat des couleurs, comme le ferait en traversant un imposant vitrail.

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Franck Sorbier, couturier engagé dans la défense des animaux, dédie son dernier opus à la planète et à la nature. Présentée sans mannequins, mais par des danseuses, sur fond de musique live interprétée par Parveen et Ilyas Khan, la collection en total respect avec le style maison propose douze tenues sophistiquées et élégantes dont les volumes apportent au corps une nouvelle dimension.

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Julien Fournié, quant à lui, continue ses recherches sur la féminité, en puisant dans le style rétro des années 50, où le sportswear n’était pas de mise et où l’élégance était le maître mot. Ce n’est pas un hasard si l’allure haute couture de Grace Kelly se dessine dans chaque look. C’est pour le jeune couturier un moyen de faire la différence avec le prêt-à-porter d’aujourd’hui, si loin des codes du bon goût et de la couture. Zéro fausse note dans ce dressing un brin passéiste, avec une mention spéciale pour la robe imprimée léopard particulièrement bien réussie.

 

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Si les collections Schiaparelli par Bertrand Guillon se suivent, mais ne se ressemblent pas toujours, cette dernière apporte un véritable retour au style d’Elsa. Le créateur laisse le champ libre à son imagination en reprenant les codes et le style arty de la fondatrice, en s’autorisant toutes les fantaisies. On trouve de réelles propositions stylistiques, signatures d’une forte empreinte qu’on attendait avec impatience. On ne vient pas dans cette maison pour s’offrir une tenue sage sans personnalité.

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Pas de changement chez Giorgio Armani Privé qui propose un large choix de tenues de jour et de cocktail avec des ensembles pantalons ou jupes dans des tonalités noires, grises, beiges, or ou argent. Le soir en grande majorité noir et blanc est réveillé par le rose, le fuchsia et le bleu turquoise.

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Parmi les membres invités, on retrouve :

Christophe Josse qui présente sa seconde collection, depuis son retour sur le devant de la scène. Fidèle à l’esprit de sa dernière collection, le minimalisme prend le pas sur l’ostentatoire. Si en apparence les propositions sont simples, elles sont en fait des trésors de coutures par des coupes recherchées, des tissages complexes, des broderies délicates, accompagnées d’une accessoirisation raffinée grâce à des pièces en verre soufflé doré.

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Azzaro Couture par Maxime Simoens s’adresse à une clientèle jeune, rock qui aime s’amuser, danser et sortir jusqu’au bout de la nuit. Ici pas de robe de bal, mais des tenues faciles à porter et surtout hyper sexy pour mettre le corps en valeur. En clin d’œil aux années 80, les couleurs flashy, les métallisés et les broderies de strass et de sequins parsèment la collection. Si pour certains, les codes de la couture ne sont pas respectés, le créateur répond à une demande bien réelle de jeunes clientes à la recherche de pièces uniques dans lesquelles elles peuvent bouger sans contraintes.

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L’italien Antonio Grimaldi propose comme à son habitude un dressing intemporel, structuré, composé de tenues allongeant le corps pour une allure altière. Hyper raffiné les broderies se fondent dans les tissus pour ne plus faire qu’un.

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Galia Lahav souhaite répondre à toutes les demandes de ses clientes dans cette collection débridée et consacrée au soir. Des tenues les plus classiques avec des robes de couleurs brodées, aux ensembles t-shirt jupe, jusqu’à la robe de bal, il y en a vraiment pour tous les goûts.

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Georges Hobeika propose des tenues du soir, aériennes, romantiques, mettant la silhouette en valeur pour des femmes à la recherche de robes les faisant briller. Parfaites pour les red carpets et les soirées de gala. Toutes les robes rendent hommage au travail de broderie des ateliers de la maison, ainsi qu’à l’imaginaire du couturier qui puise dans la nature son inspiration pour la retranscrire dans ce vestiaire haut en couleur.

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Zuhair Murad nous invite à un voyage dans le temps, à la Cour Impériale de Russie, à l’époque des grands bals des tsars à Saint-Pétersbourg. Entre hyper féminité et esprit militaire, les premiers looks placent le décor. Ces propositions apportent une approche différente aux tenues couture, loin des robes classiques que proposent généralement les maisons de couture libanaises.

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Guo Pei a clôturé les shows de la semaine, avec un impressionnant podium de 150 mètres de long au cœur du musée de l’architecture. Prenant appui sur ce lieu dédié aux plus beaux monuments, elle se sert du corps de la femme et du talent de ses ateliers pour imaginer des tenues hors du commun, rendant hommage aux architectes des cathédrales. Si son talent explose généralement dans la réalisation des tenues les plus improbables, on déplore dans cette collection une surenchère de prouesses techniques au détriment de l’esthétique.

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A suivre les défilés off de la Paris Haute couture

Frédéric Blanc

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