En marge du calendrier de la Haute Couture Automne Hiver 2018-19

By on 07/09/2018

Déjà bien chargé avec ses 34 défilés officiels, le planning de la semaine de la haute couture parisienne automne-hiver 2018-19, a accueilli une fois de plus un nombre impressionnant de marques ou de maisons, issues des quatre coins du monde.

 

Si certains noms feraient bien de s’abstenir de venir encombrer inutilement le calendrier avec des collections sans rapport avec la haute couture, d’autres en revanche y ont tout à fait leur place. Parmi ces derniers, on retrouve :

Georges Chakra, avec une collection entièrement dédiée au soir, dans laquelle le savoir-faire libanais rencontre l’élégance parisienne. Si le noir domine, il est rehaussé de rouge, de fuchsia, de bleu nuit et blanc pour des contrastes graphiques.

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Tony Ward, pour qui Paris a toujours été sa deuxième maison, vient justement d’y ouvrir son show-room, au 14-16 rue du Faubourg Saint Honoré, afin d’accueillir confortablement ses clientes internationales.

Tony-Ward_Showrom_Paris

Si ses origines libanaises sont présentent dans son travail, elles sont largement balancées avec sa culture européenne, dans laquelle il baigne depuis de nombreuses années. En effet, après des études à l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, il débute sa carrière auprès de Claude Montana chez Lanvin, puis Gianfranco Ferré chez Christian Dior et enfin Karl Lagerfeld chez Chloé, avant de lancer sa propre maison de couture à Beyrouth.

Très architecturale, sa dernière collection rend hommage aux grands bâtisseurs des monuments. Il puise dans différentes techniques, afin de rendre le rigide fluide pour mieux l’adapter au corps de la femme, sans jamais l’entraver. La force du couturier étant de rendre la femme sexy, sans une once de vulgarité.

Tony-Ward_Couture_AH_2018-19_ ©_nowfashion

 

Ashi Couture s’inspire également de l’architecture pour imaginer la garde-robe d’une femme à la personnalité forte, se servant de ses vêtements comme une carapace, pour mieux séduire par son allure hors du commun. Toujours très puriste, il travaille le blanc, le noir, le gris, le céladon et le bleu, afin de faire ressortir les détails de coutures, de broderies, qu’il maîtrise à la perfection.

Ashi_Couture_AH_2018-19

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Rami Kadi, qui ne défile pas encore en France, mais qui y présente depuis de nombreuses années, a opté cette saison pour une mode inspirée de l’univers masculin pour la transposer à celui de la femme. Si les formes empruntent les lignes plus droites et rigides de l’homme, les broderies ainsi que les couleurs sont à 1000 % féminines. Le résultat est ultra moderne et contemporain.

Rami Kadi fait partie de la génération montante des créateurs vivant à Beyrouth qui révolutionnent petit à petit les codes libanais.

Rami-Kadi-Couture_FW_2018-19Rami-Kadi_Couture_AH_2018-19

 

Dans le style traditionnel de la mode libanaise, Dany Atrache apporte des propositions assez légères permettant à ses clientes de trouver leur bonheur pour toutes les grandes occasions

Dany Atrache_Couture_AH_2018-19

 

Rani Zakhem, à la tête de sa maison depuis 2009, a quant à lui imaginer le vestiaire de la « glamazone ». Une femme à la fois combattante et amazone, qui n’hésite pas à se faire remarquer. Si de très belles pièces illuminent la collection, trop d’informations sont livrées ici. La déclinaison de pièces en différentes couleurs est de trop. Une sélection plus pointue aurait été favorable, afin de mieux comprendre le style de la maison.

Rani_Zakhem_Couture_AH_2018-19_©_Imaxtree

 

Fidèle à son style, le couturier syrien Rami Al Ali a proposé une série de 13 robes, inspirées de l’Art déco. Si les formes restent quasiment inchangées, les tissus luxueux comme le tulle, le Mikado et le velours se mixent à des structures conçues architecturalement pour créer des silhouettes féminines, tandis que des décorations artisanales ornent les pièces.

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Azulant Akora, créatrice aborigène, fait partie de la scène émergente de la mode australienne depuis 2013, où elle a reçu le prix de la laine australienne. Pour sa première apparition sur les podiums parisiens, elle imagine une collection à destination des Millennials, en s’inspirant du film Avatar, en lui empruntant le message de respect envers notre planète. S’il est important de signaler cette apparition prometteuse sur la scène internationale, on déplore une collection trop classique pour se faire remarquer.

Azulant_Akora_Couture_AH_2018-19_©_Imaxtree

 

Nihilo est le résultat de la rencontre du photographe australien Krishna Godhead et de la designer Katharine Grace. Après une première collaboration pour une série d’images publicitaires pour la société de Katharina, ils enchaînent avec une collection de maroquinerie de luxe artisanale, une nouvelle marque pour HEAD Tennis et une multitude de projets de design et d’architecture jusqu’à cette nouvelle aventure baptisée Nihilo. Basée à Bali, la marque imagine et crée des vêtements uniques, faits et teints à la main, exclusivement réalisés sur mesure.

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Direction le grand froid sibérien avec la collection Yanina Couture, qui fière de ses origines, nous revisite le dressing de la femme russe d’aujourd’hui, en se penchant sur le passé. Riche et sans complexe, elle arbore les fourrures pour affronter les frimas de l’hiver. Les transparences, signature de la maison, ne sont pas oubliées et jouent le contraste avec des robes en velours complètement fermées, parfaites pour les soirées hivernales.

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Le style de la créatrice grecque, Celia Kritharioti, a une de fois de plus séduit l’assistance avec son dernier show, clôturé par le top model Natalia Vodianova. Entre classique et sexy, la femme joue le mystère grâce à des coupes ajustées, mettant ses formes en valeur, tout en restant très pudiques, même lorsque la transparence l’emporte.

Celia_Kritharioti_Couture_AH_2018-19_©_Yiannis_Vlamos

 

Comme à son habitude, le français Eymeric François a investi l’église américaine pour présenter sa collection annuelle. Toujours théâtrale et à destination du soir, la collection reflète l’univers du créateur, admirateur des femmes fortes, dominatrices et sexy, tout en y incluant cette saison une dose de légèreté et de modernité.

Eymeric_Francois_Couture_AH_2018-19_©_Jean-Louis_Coulombel

 

De son côté la petite Française qui monte, Armine Ohanyan, prix du coup de coeur jury du festival de Dinan 2018, a proposé un best off de ses trois dernières collections, présentant ainsi à la presse internationale un panel de son savoir-faire, entièrement fait main dans son atelier.

Armine_Ohanyan_Couture_AH_2018-19_©_Imaxtree

 

Avant de lancer sa marque éponyme, Kithe Brewster a passé 14 ans en Europe à perfectionner ses compétences en tant que rédacteur et styliste de mode. Après Paris, Londres où il collabore avec les plus grands, c’est aux États-Unis que son talent explose en devenant le styliste le plus recherché du show-business. En ce qui concerne sa collection, on se pose la question : si ce dernier n’est pas plus créatif, quand il travaille avec les vêtements des autres ?

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D’origine chinoise, Liu Chao aime mélanger ses différentes influences pour imaginer ses collections ludiques. Sa formation en broderie, chez Maison Lesage, transparaît sans cesse dans son travail, en apportant la note couture à ses propositions.

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À l’opposé de toutes ces propositions très couture, composées à 90 % de robes du soir, Didit Hediprasetyo, d’origine malaisienne, prend le contre-pied en proposant un vestiaire très jour. En apparence simple, ses tenues sont imaginées dans le respect des techniques couture. Sa maîtrise du travail cuir reste un incontournable de la maison.

Didit-Hadiprase_Couture_AH_2018-19

 

Enfin, impossible de faire l’impasse sur la collection de la doyenne de cette semaine : Yumi Katsura, née à Tokyo en 1932. Passionnée de mode depuis le plus jeune âge, elle fait ses études au département mode de la « Kyoritsu Women’s University » avant de rejoindre Paris, pour se perfectionner aux techniques de la haute couture à l’École de la Chambre Syndicale de Couture Parisienne. Elle est aujourd’hui, une des femmes les plus influentes au Japon.

Avec ce dernier opus, elle a souhaité célébrer les 160 ans d’amitié qui unissent la France et son pays, en s’inspirant des grands artistes comme Gustave Klimt, Alfons Maria Mucha, Charles Martin et Emile Gallé. Le défilé les honore en mélangeant les lignes courbes de l’Art Nouveau avec la culture du japonisme. Elle confirme ici son attachement au savoir-faire français ainsi qu’à son héritage japonais.

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Yumi-Katsura_Couture-FW18-19_©_Kristy-Sparow

 

Si la semaine de la haute couture est également la semaine de présentation des plus beaux accessoires, avec les créations joaillères, la maison Baccarat a souhaité surprendre en imaginant non pas des bijoux, mais des souliers en collaboration avec le créateur italien Diego Dolcini. Ces pièces incroyables aux talons de cristal ont été présentées, au cours d’une grande soirée, dans les salons de l’hôtel particulier.

Cette collection de chaussures est en parfaite adéquation avec l’esprit haute couture, mélangeant le savoir-faire des deux maisons.

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Bien que rien à voir avec le luxe de la haute couture, le Label Vetements, qui ne cesse de faire parler de lui en intégrant puis, en demandant son retrait du calendrier de la Fédération, a décidé cette saison de quitter la semaine de l’homme, pour se placer en marge de la haute couture en présentant son prêt-à-porter homme et femme.

Sans grands changements la collection puise sa source dans le sportswear ainsi que dans des lignes vintages où l’on retrouve beaucoup d’inspirations issues des collections de Jean Paul Gaultier, Martin Margiela.

Vetements_PaP_Femme_SS_2019

Vetements_PaP_Homme_SS-2019

Frédéric Blanc

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