Le Palais Galliera ouvre ses portes à Martin Margiela

By on 08/03/2018

Pour la première fois à Paris, le Palais Galliera offre une rétrospective à Martin Margiela, en retraçant sa carrière, du printemps-été 1989 au printemps-été 2009. Cette exposition s’inscrit dans le cadre de la « Saison Margiela 2018 Paris » avec celle de «Margiela les années Hermès», du 22 mars au 2 septembre 2018 au Musée des Arts Décoratifs, conçue et présentée au MONU d’Anvers en 2017.

 

Créateur incontournable de l’histoire et de l’évolution de la mode, son travail questionne aussi bien les structures du vêtement que le système de la mode. Diplômé en 1980 du département mode de l’Académie Royal des Beaux-Arts d’Anvers, il commence sa carrière comme assistant de Jean Paul Gaultier entre 1984 et 1987.

Son envie d’indépendance le pousse à ouvrir sa maison en 1987 à Paris, il devient ainsi le seul créateur belge de sa génération à choisir la Capitale de la Mode pour développer sa marque. Il présente son premier défilé en 1988 avec la collection Printemps-été 1989.

Par son approche conceptuelle, Margiela remet en question l’esthétique de la mode de son temps. Il étudie la construction du vêtement par sa déconstruction, révèle son envers, sa doublure, le non fini, et il rend apparent les étapes de sa fabrication : pinces, épaulettes, patrons, fils de bâti… Il pousse les échelles du vêtement à leurs extrêmes, que ce soit avec des pièces oversize, agrandies à 200 %, ou d’autres de poupée, adaptées à la taille humaine. Il imprime en trompe-l’œil des photos de robes, de pulls, de manteaux et impose une nouvelle forme de chaussures inspirées des «tabi»traditionnelles japonaises à l’orteil séparé.

Margiela_Galliera_chaussures_©_Frederic_Blanc

Margiela interroge la désuétude du vêtement avec sa ligne « artisanale », faite d’habits vintage ou d’objets récupérés, qu’il transforme en pièces uniques, cousues main ; ou avec sa ligne « Replica » de vêtements chinés qu’il reproduit à l’identique.

Martin_Margiela_Gilet porcelaine 1989-1990

Margiela reste le créateur sans visage, sans interview, à la griffe blanche vierge de toute marque. L’homme qui prône l’anonymat est connu, non seulement pour son univers blanc, couleur qu’il décline en une multitude de nuances, mais aussi pour ses défilés dans des lieux hors norme : parking, entrepôts, station de métro, terrain vague…

Margiela_Epaulettes_1990

La scénographie a été imaginée par Ania Martchenko, en collaboration avec Martin Margiela. Entre exposition et chantier, cette rétrospective offre un parcours très intimiste, établissant un rapport proche et direct avec le vêtement. Le défi a été de retrouver une cohérence entre les pièces et leur environnement dans le contexte du musée. Cette mission a été parfaitement atteinte, l’enceinte du musée ayant été complètement effacée au profit de l’univers Margiela. Ainsi, on retrouve certains éléments du vocabulaire formel des vêtements transposés à l’espace : des structures et des assemblages visibles, des accumulations, des récupérations, des installations, des jeux de lumière, des matériaux ainsi que des objets standards ou récupérés, la surteinte. Tout comme son amour pour de la déconstruction du vêtement, il s’amuse à déconstruire l’exposition classique autour de l’état de chantier, de transition, d’incertitudes et des possibilités. Les traces de démontage de l’exposition précédente et de montage de celle-ci sont gardées.

MARGIELA_GALLIERA_Senographie_©_Pierre_Antoine

Plusieurs installations ponctuent l’exposition, ce sont les « chambres de fan ». L’inspiration vient du travail du photographe japonais Kyoichi Tsuzuki. Ce sont des instantanées de l’époque, des déclencheurs d’émotions temporels, des reconstructions de la période concernée à une échelle très intime, celle d’un chez-soi, du vécu, elles replacent les créations dans une réalité d’une vie, d’un usage privé.

Margiela_Galliera_installation_Chambre_de_fan_©_Frederic_Blanc

Volontairement chronologique, le parcours invite le spectateur à d’abord découvrir la première période du travail de Martin Margiela, qui couvre ses dix premières collections, de 1989 à 1994, faisant figure de manifeste pour le reste de sa carrière.

Margiela_Galliera_expo_©_Pierre_Antoine

Expo_Martin_Margiela_©_Pierre_Antoine

expo_MARGIELA_GALLIERA_©_Pierre_Antoine

1994-1995, présente la rupture du style avec les précédentes créations. Il choisit de séparer sa collection en cinq groupes, dont il mélange les éléments pour composer les tenues. On y retrouve le « Groupe III », composé de vêtements reproduits de la garde-robe d’un vestiaire de poupée des années 1960/70, agrandis à al taille humaine. Cette proposition devenue emblématique de Martin Margiela, a été reconduite jusqu’en 1999.

Le « Groupe II » baptisé Réplica, se focalise sur la réplique d’habits anciens.

Margiela_Galliera_expo_©_Frederic_Blanc

Exposition_Margiela_Galliera_Margiela_Galliera_exposition_©_Pierre_Antoine

La collection printemps-été 1996 est en deux dimensions, sans coupe ni structures. Des photographies en négatif de vêtements sont imprimées sur des matières fluides ou transparentes. Seule, l’image en trompe-l’œil apporte le volume. Les clichés sont pris par quatre photographes : Anders Edström, Marina Faust, Ronald Stoops et Tatsuya Kitayama.

Exposition_Margiela_Galliera_Exposition_Margiela_Galliera_©_Frederic_Blanc

Pour l’hiver 1996- 1997, Martin Margiela crée une collection aux formes simplifiées, qui le fera passer, à son grand dam, du statut de créateur « destroy » à celui de « minimaliste » par la presse. Ce style, hyper en en vogue depuis le milieu des années 90, le fera remarqué par Hermès, qui lui confira ses collections de prêt-à-porter féminin de 1997 à 2003.

Exposition_Margiela_Galliera_©_Pierre_Antoine

Le printemps-été 1997 et l’automne-hiver 1997-1998 sont deux parties d’une même collection, toutes les deux basées sur la réinterprétation du buste de mannequin « Stockman ». Porté en veste ou en plastron, c’est certainement l’une des créations les plus célèbres de Martin Margiela. Il montre ainsi, pour la première fois, l’envers du décor, dévoile les coulisses d’un atelier de couture, en se servant du mannequin de couturière comme élément central de sa création.

Margiela_Galliera_expo_Paris_©_Frederic_Blanc

Pour le printemps-été 1998, il crée le vêtement plat, inspiré des patrons en papier de la collection précédente. Il signe une de ses collections les plus conceptuelles grâce à une structure de vêtement totalement repensée.

MARGIELA_GALLIERA_expo_Paris_©_Pierre_Antoine

A l’opposé, pour l’hiver 1998-1999, il détourne une véritable couette qu’il transforme en manteau. Cette pièce, aujourd’hui iconique, peut-être habillée de différentes housses de draps fleuris récupérés. AU summum du confort, ce vêtement est un appel au bien-être à la veille du passage de l’an 2000 et des inquiétudes qu’il suscite.

Pour sa première collection du millénaire, la collection printemps-été 2000, baptisée plus tard « Oversize », est le point de départ d’une nouvelle période dans le travail du couturier. Il agrandit pour la première fois toute une collection en taille XXXXL, équivalant d’une taille 78 italienne. En totale rupture avec le style mince près du corps de cette période, il décide de développer ce concept sur cinq collections consécutives jusqu’au printemps-été 2002, une attitude contredisant le système de la mode obsédée par son renouvellement.

Margiela_Galliera_Expo_Musee_Galliera_©_Frederic_Blanc

Enfin à partir de 2006 on voit la renaissance de la ligne « artisanale », qui est aujourd’hui présentée au sein du calendrier haute couture.

exposition_Margiela_Galliera_2018_©_Frederic_Blanc

Pour les années 2007-2008, en rupture avec ses recherches précédentes, il puise dans ses souvenirs d’enfance pour trouver de nouvelles inspirations : le rouge, le bleu, le blanc, le fluo, des imprimés percutants , des rayures, des pois composent l’ensemble des silhouettes de la période. La ligne des vêtements est épurée, les typologies classiques sont bousculées : pantalon-jupe, robe-body… Margiela qui, lors de son premier défilé, avait réagi contre les imposantes carrures des années 80, travaille sur des épaules nouvelles donnant l’illusion que le corps lui-même a changé : invisible dans un body, en point ou en cône… ces nouvelles silhouettes témoignent d’une réelle prouesse technique.

exposition_Margiela_Galliera_©_Frederic_Blanc_2018

exposition_Margiela_Galliera_Musee_Galliera_2018_©_Frederic_Blanc

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Margiela_Galliera_expo_retrospective_©_Frederic_Blanc

En 2008, le soir de la présentation du défilé printemps-été 2009, Martin Margiela quitte sa maison, qui fête ses vingt ans de création.

Pour clôturer ce parcours hors norme, l’année 2009 est représentée sans chronologie par le défilé des 20 ans avec 40 passages, un pour chaque défilé passé, sur le thème du recyclage. Ce défilé est ici représenté par une sélection de dix silhouettes. En vingt ans, Martin Margiela n’a cessé de questionner la mode, le vêtement et son usage. Son travail sur l’échelle du vêtement, sur la déconstruction du vestiaire classique pour créer des formes nouvelles, sur la carrure dont il a été un des rares créateurs contemporains à renouveler le vocabulaire, sur la révélation de l’envers et des étapes de fabrication, l’imperfection considérée comme un motif, le statut du vêtement ancien et de l’objet détourné, mais aussi la place du trompe-l’œil, du blanc, de l’anonymat de la griffe, tous ces thèmes renouvelés dans sa dernière collection font de lui, selon les mots de Libération : « l’un ces créateurs les plus pointus et les plus talentueux de sa génération ».

Margiela_Galliera_Expo_Musee_de_la_Mode_de_La_ville_de_Paris_©_Frederic_Blanc

Margiela_Galliera_retrospective_©_Frederic_Blanc

Point d’orgue de l’exposition, la dernière « chambre de fan en 2018 » que le visiteur n’est pas invité à regarder, mais à traverser. On y retrouve un ensemble de modèles datés de 2007 à 2009 enrichi de pièces rétrospectives illustrant la collaboration en 2013 entre la marque H&M et la Maison Margiela.

Margiela_Galliera_Expo_Chambre_de_Fan_©_Frederic_Blanc

Exposition : MARGIELA GALLIERE 1989/2009 PALAIS GALLIERE 03.03-15.07.2018 du 22 mars au 15 juillet 2018

Au Palais Galliera : Musée de la Mode de la Ville de Paris : 10 Avenue Pierre-1erde Serbie. Paris 16.

Infos pratiques sur le www.palais galliera.paris.fr

Frédéric Blanc

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