La Tunis Fashion Week 2018

By on 26/05/2018

Devenue l’événement mode annuel de la Tunisie, La Tunis Fashion Week a fêté cette année ses 10 ans. Afin de célébrer dignement cette édition, le président de la Fédération, Anis Montacer, a choisi le cadre somptueux de l’amphithéâtre de Carthage pour présenter 19 défilés, ainsi que différentes manifestations culturelles, mettant en avant la mode internationale et le patrimoine national.

 

Si, pour certains, la mode n’existe qu’à Paris, Londres, New York où Milan, il devient de plus en plus nécessaire de s’ouvrir au monde pour découvrir de nouveaux talents émergents, et les créateurs tunisiens ont prouvé, cette saison, qu’ils avaient toutes les chances de s’imposer sur les podiums internationaux avec des propositions loin des robes traditionnelles, que l’on pense trouver généralement ici.

En effet, ce qui a marqué cette saison, c’est la modernité, l’avant-gardisme et surtout la notion de liberté offerte au corps de la femme. Cette avancée vestimentaire s’est d’ailleurs retrouvée dans le public, où certains looks n’ont rien à envier aux fashionistas européennes.

TFW_2018_Streetstyle © ryan murad

Également placée sous le signe de la diversité, cette semaine a proposé différents styles permettant à chacun de trouver son bonheur. La modernité a été particulièrement bien représentée par la collection de Braim Klei, la figure de mode incontournable du pays. Très inspiré par l’art, l’architecture, la mode contemporaine, principalement asiatique, il s’est inspiré de toutes ses passions pour imaginer le vestiaire dark, d’une femme moderne, sans tabou, tour à tour sobre ou sexy, mais toujours forte.

Jusqu’au-boutiste, ce véritable couturier s’investit à 1000% dans ses créations en imaginant les moindres détails jusqu’à fabriquer les sandales idéales pour accompagner ses looks sobres, mais dont la construction révèle de nombreuses techniques de couture pour un tomber impeccable.

TFW_2018_Braim_Klei_©_Olesya_okuneva

TFW_2018_Braim_Klei_PaP_Femme_©_Olesya_Okuneva

Soltana est incontestablement la marque glamour et moderne tunisienne, qui rayonne déjà à travers le monde. Sa créatrice, Fatma Ben Soltane, imagine une mode à son image : moderne, sexy, ludique, aux inspirations couture, mais sans se prendre au sérieux à destination de jeunes filles qui aiment se faire remarquer par leur originalité. Du matin au soir, la garde-robe est complète et ses petites robes colorées, brodées où à messages sont des incontournables.

TFW_2018_SOLTANA_Show_©_Olesya_Okuneva

TFW_2018_Soltana_©_Olesya_Okuneva

Présent depuis 5 ans dans l’univers de la mode tunisienne, Amin Hajri a défilé pour la première fois à la TFW, avec une collection hyper féminine, jeune et dynamique. Diplômé d’une licence de design aux Beaux-Arts de Tunis, il a également été formé à Esmod Tunis aux techniques de stylisme/ modélisme, il s’est ensuite spécialisé dans la confection de jupes. Il prend aujourd’hui appui sur la couture, pour imaginer un prêt-à-porter moderne, élégant et ludique, dans lequel les jambes des femmes sont toujours à l’honneur.

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Alisha Studio revendique son ouverture d’esprit avec des propositions féminines, faciles à porter, mêlant l’orient et l’occident, dans lesquelles le choix des tissus et des broderies est toujours au centre de la création.

TFW_2018_Alisha_Studio-PaP_©_Olesya_Okuneva

 

La couture a été parfaitement représentée par les créations du Tunisien Haytham Bouhamed, reconnu comme un des meilleurs designers du Golfe et du Moyen-Orient avec ses robes du soir. Il a profité de cette semaine pour présenter sa nouvelle ligne de prêt-à-porter Couture intitulée « Raven ». Avec ces nouvelles créations, le couturier souhaite proposer à des prix plus abordables, des robes aux finitions impeccables, imaginées avec son savoir-faire qui a fait sa renommée.

TFW_2018_Haytham_Bouhamed_©_Olesya_Okuneva

Dans cette même veine, Olfa Turki Jedidi, avec sa marque Olfa Turki spécialisée dans les mariées et le soir, imagine des robes de princesses modernes en mixant le style libanais à la haute couture française. Intransigeante sur le choix des matières, elle utilise la soie, la dentelle Solstiss, le tulle et les cristaux Swarovski, rien n’étant jamais assez beaux pour ses clientes.

TFW_2018_Olfa_Turki_@_Olesya_Okuneva

Mouna Ben Braham, pour sa maison Atmosphère Haute Couture, se focalise, depuis 10 ans, sur la tradition, les costumes ancestraux et le savoir-faire de broderie pour réinterpréter sans cesse la silhouette de la femme tunisienne au travers de tenues du soir, où la brillance est toujours au rendez-vous. Elle aime faire rayonner celles qui portent ses créations.

TFW_2018_Atmosphere_Couture_©_Olesya_Okuneva

Parce que le vêtement à besoin d’accessoires, Sondoss Ben Moussa pour Rayhana a organisé un show, entre danse et défilé, pour présenter ses dernières créations de bijoux. Baptisée « Jardin d’Eden », cette collection de pièces uniques, aux formes innovantes et généreuses, marie matériaux précieux au corail de Tabarka, des perles sauvages, du cristal de roche, de l’aventurine, des jades ou encore des agates afin de parer des femmes qui osent montrer qu’elles aiment les belles choses.

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TFW_2018_Rahana_Bijoux_©_Olesya_Okuneva

Si habituellement le passage consacré à la mode des marques de grandes distributions est plutôt sans grand intérêt, on note, cette année, un véritable effort de la part des industriels du secteur textile pour démontrer que la mode abordable peut être jolie et créative. Parmi ces derniers, Blue Twins, avec ses trente ans d’expérience dans le prêt-à-porter, en particulier dans le denim, a associé son savoir-faire de confection, de lavage, de teinture et de confort à une équipe expérimentée de stylistes afin de livrer une collection en totale adéquation avec l’esprit actuel du streetwear.

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TFW_2018_Blue_Twins_Femme_©_Olesya_Okuneva

Exist, spécialisée dans la confection masculine, les chaussures et les accessoires, compte 32 boutiques en Tunis et 8 magasins au Maroc. Ses valeurs basées sur l’innovation, la créativité avec un côté décalé, en ont fait une référence dans le prêt-à-porter masculin. Pour la saison automne-hiver 2018-19, le designer, Mohamed Ali Smaoui, plonge l’homme dans un univers urbain, dans lequel il mélange des grands classiques à du sportswear décontracté avec des matières confortables et agréables. Les imprimés ainsi que les couleurs apportent une réelle originalité au dressing. Avec cette collection l’homme a toutes les pièces en main pour assumer sa virilité et son élégance

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TFW_2018_Exist_Homme_©_Olesya_Okuneva

Depuis la saison dernière, la Collection Nationale a fait son apparition sur le podium de la TFW. Née de l’idée de la Fédération Tunisienne du Textile et de l’Habillement, des membres de la Fashion Week, associée au Centre de Promotion des Exportations, dans le but d’imaginer une collection 100% tunisienne à vocation d’être distribuée à l’international. La première édition imaginée par Braim Klei avait déjà provoqué un grand engouement, cette dernière ayant été l’invitée vedette du Salon Première Vision de Paris en octobre 2017.

Cette année, c’est Hedi Ben Mami qui a été choisi pour réaliser le deuxième volet de cette saga. En association avec le CIMA (Créateurs associés aux Métiers d’Art) en partenariat avec Sitex pour les Jeans, Demco pour la confection, Lectra pour le développement produit, le designer a proposé un style casual en jean écologique (sans produits chimiques associés à une consommation d’eau réduite), dans un style genderless afin de satisfaire les deux sexes.

TFW_2018_Hedi_Ben_Mami_X_Collection_Nationale_©_Olesya_Okuneva

TFW_2018_Hedi_Ben_Mami_X_La_Collection_Nationale_©_Olesya_Okuneva

Impossible de faire l’impasse sur la ligne Emotion by Sasio feating Seyf Dean. Dans la grande lignée des collaborations « à la H&M », Sasio a demandé à Seyf Dean, un des plus avant-gardiste et talentueux designers de Tunis, d’imaginer une capsule mixant une grande originalité pour une commercialisation facile et immédiate.

Le défi a été relevé haut la main, avec des propositions minimalistes, entièrement blanches, accessoirisées avec soins, dans une mise en scène parfaite.

Seyf a une fois de plus prouvé son talent, en dévoilant son pouvoir créatif en mettant de côté son style, habituellement sophistiqué et recherché, pour se mettre ici au service de Sasio pour répondre à une demande mode et abordable, pour le plus grand nombre.

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Comme chaque année, une marque étrangère a été invitée aux derniers jours des shows. C’est l’italien Marco Rambaldi qui a présenté sa vision de la mode à mi-chemin entre l’image de la bourgeoisie italienne des années soixante-dix à ses codes répétitifs et réactionnaires. Il en résulte des looks modernes, où les imprimés prennent la première place. Les silhouettes sont actuelles tout en représentant à la perfection le style italien.

Né en 1990, Marco Rambaldi s’est fait connaître en 2014 à La Milan Fashion Week avec sa première collection femme. Il est l’un des finalistes du concours « Who’s On Next 2017 » organisé par Alta Roma et le Vogue Italie.

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Parallèlement aux shows, le site de l’Amphithéâtre de Carthage s’est transformé du 9 au 12 mai 2018, en véritable temple de la mode avec une exposition Smalto présentant au travers de 20 looks, L’ADN de la Maison. Cet événement marque le retour de Franck Boclet à la tête de la création de la marque.

Expo_Smalto_TFW_2018_©_Olesya_Okuneva

Smalto_expo_TFW_2018_©_Olesya_Okuneva

Une exposition de photographies, réalisées par Samira Fricke et Patrick Bienert, avec des vêtements issus des célèbres souks de Tunis. Cette initiative entre dans la logique actuelle d’une mode plus éthique où le gaspillage n’a plus sa place.

TFW_2018_Amira_Fricke_et_Patrick_BienertSamira Fricke et Patrick Bienert

Un marché des créateurs tunisiens proposant le meilleur de la création des jeunes designers les plus en vogue dans le pays.

Impossible d’imaginer cet événement sans une pensée pour Azzedine Alaïa, décédé le 18 novembre 2017. Afin de lui rendre hommage :

– un défilé « Looking for the new Azzedine Alaïa » a été organisé par de jeunes étudiants en mode.

TFW_2018_Looking_for_the_new_Azzedine_Alaia_©_Olesya_Okuneva

– un document de 29 minutes « Catwalks Azzedine Alaïa » a été projeté au dernier jour des shows.

– Une visite a été organisée à la Fondation Dar Alaïa. Inaugurée 40 jours après sa disparition, à Sidi Bou Saïd, dans ce qui fut son refuge tunisien, face à la Méditerranée. Ce lieu a pour ambition de réunir les propres œuvres d’art du couturier, d’accueillir des expositions de mode et de design, d’abriter une bibliothèque dédiée à la mode et à la culture. Une commission permettra également d’attribuer des bourses à des jeunes talents.

Fondation_Azzedine_Alaia_Dar_Alaia_Sidi_Bou_Said_©_Frederic_Blanc

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Enfin, pour finir sur Sidi Bou Saïd, une visite a été organisée au Palais Ennejma Ezzahra du Baron d’Erlanger. On y découvre l’histoire de la baronne Edwina d’Erlanger, ex-mannequin star de la Maison Jean Patou, qui a amené dans son sillage, le monde de la haute couture dans ce village devenu aujourd’hui un incontournable de la Tunisie. Grâce à elle, le palais a fait l’objet de deux grands reportages dans le magazine Vogue en 1931 et en 1964.

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Texte: Frédéric Blanc/ photo streetstyle : Ryan Murad /photo podium: Olesya Okuneva 

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