Zara x John Galliano : Re{form}, quand les archives de la fast fashion passent entre les mains de la couture

By on 03/10/2026

En pleine Fashion Week de Paris, Zara dévoile le premier volet de Re{form}, sa collaboration avec John Galliano. En travaillant directement à partir des archives de l’enseigne, le créateur transforme des vêtements existants en une collection de 35 silhouettes où références historiques, techniques de couture et esprit contemporain se rencontrent. Un projet qui, après avoir suscité de nombreuses interrogations lors de son annonce, rencontre déjà une forte demande auprès du public.

 

Associer John Galliano à Zara pouvait difficilement passer inaperçu. Le créateur britannique, dont le parcours est intimement lié aux grandes maisons de luxe et à une vision particulièrement théâtrale de la mode, choisissait de travailler avec l’un des plus importants acteurs mondiaux de la mode accessible.

Lors de l’annonce du projet, le choix avait suscité des critiques et des interrogations. Pourquoi un créateur de cette envergure accepterait-il de travailler avec Zara ? La question portait autant sur la compatibilité entre les deux univers que sur la place d’un créateur de luxe dans un modèle historiquement fondé sur la rapidité d’exécution et l’accessibilité.

La réponse de Galliano n’est finalement pas passée par un discours, mais par le vêtement.

 

Les archives comme matière première

Avec Re{form}, John Galliano ne s’est pas contenté de créer une collection estampillée Zara. Il a travaillé à partir des propres archives de l’enseigne, considérant les pièces existantes comme des prototypes susceptibles d’être transformés.

Les vêtements sont ainsi coupés, démontés, agrandis, rétrécis, assemblés et détournés pour construire de nouvelles silhouettes. Le créateur applique à cette matière les principes d’un travail de transformation que l’on associe davantage à l’univers de la couture et de la création expérimentale.

Zara évoque notamment différentes techniques de physical hacking et de digital hacking, mais aussi le filtrage, l’échantillonnage ou encore le splicing, autrement dit l’assemblage de différents éléments.

L’intérêt du projet réside précisément dans cette inversion du processus habituel. Les archives d’une enseigne connue pour sa capacité à interpréter rapidement les tendances deviennent à leur tour la matière d’une création originale.

 

Les Incroyables et les Merveilleuses selon Galliano

Pour ce premier volume, John Galliano puise dans l’histoire française et plus précisément dans l’univers des Incroyables et des Merveilleuses, ces figures extravagantes apparues dans la France post-révolutionnaire.

Les 35 looks du premier volet de Re{form}, pour homme et pour femme, portent chacun un nom français et sont accompagnés d’un descriptif précis de leur construction et des matières utilisées.

Les robes des Merveilleuses associent mousseline, georgette, point d’esprit, charmeuse, tulle ou filet. Certaines sont travaillées avec de la dentelle imprimée à la feuille métallisée ou des bordures de manches en vinyle.

Le vestiaire masculin des Incroyables s’appuie quant à lui sur les codes classiques du tailoring : lainages, pardessus, cabans, redingotes, costumes et culottes. Certains détails viennent cependant perturber cette apparente tradition, comme des doublures de poches en vichy.

La collection est complétée par des jupes, tops et chemises, mais aussi par une série d’accessoires comprenant richelieus, boots, escarpins, chapeaux et le sac Tri Chic, proposé dans plusieurs formats.

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Quand les critiques se retournent

C’est sans doute l’un des aspects les plus intéressants de cette collaboration : le regard porté sur le projet n’est plus tout à fait le même avant et après sa présentation.

Au moment de l’annonce, le choix de Galliano avait été largement commenté. Certains observateurs de la mode s’interrogeaient sur ce rapprochement entre un créateur associé à la haute création et une enseigne issue de la fast fashion.

Une fois les vêtements révélés, le discours a évolué. Plusieurs de ceux qui avaient critiqué le choix de Zara saluent désormais le travail réalisé par Galliano, certains allant jusqu’à parler de génie créatif.

Ce retournement mérite d’être observé avec un peu de recul. Il rappelle surtout qu’une collaboration de mode ne peut pas toujours être jugée uniquement à partir du nom des partenaires. Le véritable intérêt se mesure aussi à ce qui est effectivement créé.

Galliano a ici choisi de ne pas nier l’identité de Zara. Il a travaillé avec son histoire, ses archives et ses vêtements existants pour les détourner et les reconstruire. C’est cette approche qui donne au projet sa singularité.

Elle pose également une question plus large à l’industrie : la valeur d’un vêtement vient-elle uniquement de son prix, de son label ou de l’histoire de la maison qui le produit ? Ou peut-elle également naître du regard d’un créateur, de la transformation d’une pièce et du travail réalisé autour d’elle ?

 

Paris devient l’atelier de Re{form}

Pour présenter ce premier chapitre, Zara a choisi de s’installer au cœur de Paris pendant la Fashion Week.

Du 1er au 6 octobre 2026, l’enseigne investit un hôtel particulier situé 70, rue des Archives, dans le Marais, une adresse précédemment occupée par Paul Smith.

Le lieu a été pensé comme une immersion dans la fabrication du vêtement. Les recherches de John Galliano, ses carnets de croquis et le travail effectué sur les archives de Zara sont intégrés à une scénographie qui transforme les appartements de l’hôtel particulier en un atelier de couture déconstruit.

Parois biseautées, structures apparentes et éléments de décor donnent volontairement accès aux coulisses du processus créatif. Le vêtement n’est donc pas présenté seul : c’est aussi sa transformation que Zara choisit de montrer.

L’expérience parisienne est accessible sur rendez-vous, tandis que le lancement commercial est organisé simultanément à l’international.

 

Des pièces qui trouvent rapidement leur public

La collection a été mise en vente le 1er octobre, notamment sur la plateforme en ligne de Zara et dans les flagships de Londres et Madrid.

Et les premières heures ont rapidement apporté un autre élément au débat : celui du marché.

Plusieurs références ont été épuisées en quelques minutes. Une robe en soie proposée à 599 euros a notamment rapidement disparu du site espagnol de Zara, tandis que d’autres modèles ont également affiché des ruptures de stock très rapidement. En Chine, plusieurs pièces auraient elles aussi été vendues en moins d’une heure.

Des listes d’attente ont par ailleurs été mises en place sur certaines références, tandis que le lancement a suscité une forte affluence autour de plusieurs points de vente.

Ces premiers résultats sont d’autant plus significatifs que les prix de Re{form s’éloignent nettement de ceux habituellement associés à Zara. Avec des pièces atteignant plusieurs centaines d’euros, la collection occupe une place inhabituelle dans l’offre de l’enseigne.

Il ne s’agit pas encore d’un bilan commercial définitif : Zara n’a pas communiqué de chiffre global de ventes. Mais les ruptures rapides et les listes d’attente constituent déjà des indicateurs concrets de la demande rencontrée par certaines pièces.

 

Galliano répond par le vêtement

Il serait finalement réducteur de considérer Re{form} comme une simple collaboration entre une star de la création et un géant de la mode accessible.

Le projet est plus intéressant que cela. John Galliano a accepté de travailler à partir d’une matière qui n’appartenait pas à son univers traditionnel et l’a traitée comme un véritable matériau de création. Zara, de son côté, met ses archives à disposition d’un créateur dont le regard transforme leur statut et leur donne une nouvelle lecture.

Et tandis que les premières critiques se sont progressivement transformées en commentaires beaucoup plus enthousiastes après la découverte des vêtements, les consommateurs viennent à leur tour d’apporter une première réponse, avec des pièces rapidement épuisées et des listes d’attente sur certaines références.

Après avoir été interrogé sur la pertinence de son choix, John Galliano n’a finalement pas eu besoin de défendre longuement cette association. Il a laissé parler son travail.

 

Re{form} Zara -Paris

Du 1er au 6 octobre 2026, l’installation Re{form} Zara prend place au 70, rue des Archives, Paris.

Horaires : de 11 h à 20 h.
Accès : sur réservation préalable, avec un nombre limité de visiteurs accueillis simultanément. La réservation peut être effectuée sur Zara France – Re{form} Zara.

À partir du 1er octobre 2026, la collection Re{form} est également disponible dans les principaux magasins Zara de Madrid et de Londres, ainsi qu’en ligne.

 

Texte : Frédéric Blanc / photos: Steven Meisel

About Fred

Frédéric Blanc, styliste photo, attaché de presse et fashion éditor de Fashion-spider, le magazine spécialisé mode et beauté, fait partie des figures incontournables de Paris.

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