La Haute couture au sommet de son art

By on 27/01/2019

Art à part entière, la haute couture a illuminé durant quatre jours ce mois de janvier 2019. Avec 27 défilés, inscrits au calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode et autant en off, le marathon du luxe a été riche en propositions afin de satisfaire toutes les demandes de clientes internationales venues à Paris pour l’occasion.

 

Parmi les grandes nouveautés, il est à noter la nomination de Maison Rabih Kayrouz en tant que membre labellisé, devenant ainsi la quinzième maison française à pouvoir utiliser l’appellation haute couture.

D’origine libanaise, Rabih Kayrouz sort diplômé de l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne en 1994. Après avoir complété sa formation chez Dior et Chanel, il s’installe à Beyrouth pour y créer des robes de mariées. Face à une demande croissante de ses clientes pour des tenues de jour et de soir, il élargit sa production et crée en 1998 Maison Rabih Kayrouz. Après 10 ans passés au Liban, il décide en 2009 de revenir à Paris pour y fonder son studio afin d’imaginer son prêt-à-porter de luxe et sa vision épurée de la couture.

Fidèle à son style, sa première haute couture s’adresse à des femmes modernes à la recherche de robes d’exception, mais pas pour autant spectaculaires. Ici, le vêtement se veut portable et raffiné, loin des extravagances du show off.

Maison-Rabih_Kayrouz_Haute-Couture_SS-2109_courtesy_MRK

 

Seconde grande nouvelle de la semaine : le retour de Balmain au calendrier officiel, en tant que membre invité. Après 16 ans d’absence, la maison a clôturé la semaine avec les créations d’Olivier Rousteing.

Après avoir redoré le blason du prêt-à-porter femme et homme, le jeune designer de 33 ans s’attaque à l’art de la couture afin de replacer la maison parmi les plus grands noms de la mode.

Présentée en petit comité, avec seulement 130 invités dans le tout nouveau magasin Balmain de la rue Saint-Honoré qui ouvrira ses portes dans deux semaines, la collection se concentre sur le modelage, les formes rondes. Si d’après le créateur ces idées sont issues des archives maison, elles rappellent surtout des créations de grands noms ayant révolutionné la mode avant lui telles que celles que Thierry Mugler, Alexander McQueen ou Viktor & Rolf.

Très compliquée et un peu brouillonne dans sa construction, cette couture compte cependant de nombreuses pièces très intéressantes et hyper féminines qui, a coup sûr, sauront ravir de nombreuses clientes.

Devenu un incontournable des tapis rouges, Balmain est certain de grignoter encore davantage de places avec ses nouvelles créations spectaculaires lors des grands événements.

Balmain-Couture_SS_2019

 

Si Chanel reste la maison la plus attendue de cette fashion week, elle a créé cette saison le chao dans les chroniques des journalistes avec l’absence de Karl Lagerfeld, trop fatigué pour venir saluer son public.

Passée au second plan, à cause de cette nouvelle, la collection a défilé dans un décor rappelant le jardin d’une somptueuse villa de Toscane. Une fois de plus, le plus incontournable des couturiers a revisité le célèbre tailleur Chanel dans une version rallongée.

Chanel_Haute-Couture_SS_2019

Indissociable des collections de haute couture, le soir donne la part belle au romantisme, à la féminité avec des robes brodées, rappelant une Marie-Antoine des temps modernes. Toujours à l’affut des tendances, Karl Lagerfeld fait un clin d’œil au streetstyle en revisitant le perfecto, pour en faire des tenues de soir chicissimes et contemporaines.

 

Summum du modernisme, de la féminité, du sexy et du chic, la collection d’Alexandre Vauthier est l’exemple parfait de la nouvelle haute couture que l’on a envie de voir aujourd’hui. Ici, pas de robes de bal « choucroute », les modèles mettent en valeur le corps et la femme.

Si depuis son arrivée sur les podiums parisiens, le couturier a dépoussiéré le style de la couture en gagnant le cœur d’une nouvelle génération de clientes, il signe ici une des plus belles collections de la semaine.

Alexandre-Vauthier_Haute_Couture_SS_2019

 

Dans ce même esprit moderne et dynamique, Maxime Simoens pour Azzaro revisite l’esprit du Studio 54. Comme un hommage à Loris Azzaro et à ce lieu mythique, émergés à la fin des années 70 et au début des années 80, le designer réinterprète les plus belles nuits de fêtes et de folies à travers des tenues glamours et brillantes.

Fan du disco et de son imagerie, on sent Maxime de plus en plus à l’aise dans sa place de directeur artistique d’une maison qui puise sa source dans l’ultra féminin.

Azzaro_Haute-Couture_SS-2019

 

Pour Schiaparelli, Bertrand Guyon continue d’imaginer la façon dont Elsa aurait fait évoluer son style. En plus de puiser dans les archives maison, il se livre à des recherches sur sa vie personnelle pour mieux représenter ses inspirations.

Plus présentent qu’à l’accoutumée, les tenues de jours jouent sur le contraste avec des silhouettes 50s, très architecturales qu’il mixe avec des santiags.

De la microrobe à la robe de bal, les clins d’œil à la créatrice de la marque sont présents dans chaque modèle.

Schiaparelli_haute-Couture_SS_2019

 

Alexis Mabille ne cesse de retravailler son vestiaire idéal. Des mini robes, en passant par les ensembles pantalons, jusqu’aux robes longues, la signature est immédiatement reconnaissable. Tel un jardin au cœur du printemps, les propositions sont des explosions de couleurs qui sont rehaussées pour le show par les parures joaillères d’Alexandre Reza.

Alexis-Mabille_Haute-Couture_SS_2019_©_Etienne-Tordoir

Joaillerie-Alexandre-Reza_defile-Haute-Couture-SS-2019_Alexis-Mabille-©_François-Lollichon

 

Autre maison à rester fidèle à son style, celle de Julien Fournié qui ne cesse de revisiter le style des élégantes des années 50. Sans fausse note, la collection propose un vestiaire classique, un brin passéiste pour chaque moment de la vie d’une femme.

Julien_Fournie_Haute-Couture_SS_2019_

 

Stéphane Rolland, comme à son habitude, s’adresse à des vestales modernes. Moins architecturales qu’à l’accoutumée, les coupes des robes enveloppent les corps d’une incroyable légèreté. L’esprit aérien est mis en exergue par le blanc et le noir, associés à des tons nudes, corail rose et jaune solaire, symbolisant les couleurs de l’été.

Toujours à la recherche de la coupe et du détail idéal, le couturier joue sur les contrastes en mixant superpositions, asymétries, volumes, lignes pures et floues.

Stephane_Rolland_Haute-Couture_SS-2019

 

L’esprit architectural associé la fluidité se retrouve également dans les créations d’Antonio Grimaldi. Grand spécialiste du purisme, le couturier italien est un amoureux de la coupe et des contrastes. Ici, le show off n’a pas sa place, les broderies sont utilisées soit avec parcimonie afin de mettre en avant un détail de coupe, soit en all over, telle des armures modernes sublimant les courbes du corps.

Fidèle à la tradition couture, le défilé se clôture sur une robe de mariée, portée par l’actrice Asia Argento.

Antonio-Grimaldi_Haute-Couture_SS_2019

 

Impossible d’imaginer une semaine de haute couture sans l’esprit créatif de Jean Paul Gaultier, dont chaque show est une immersion dans son univers onirique et décalé. En hommage à la nature et à l’écologie, il nous entraîne vers les fonds marins sous des influences japonisantes. On y retrouve tous les codes Maison, qui se mêlent et s’entrechoquent de façon subtile, afin de créer de nouvelles silhouettes dans lesquelles la légèreté est le fil conducteur.

Jean_Paul_Gaultier_Haute_Couture_SS_2019_©_.Yannis_Vlamos

 

Le Japon est également présent pour Franck Sorbier qui prend comme point de départ créatif la ceinture obi. Utilisée pour fermer les kimonos, elle est à la base constituée d’un simple rectangle étroit d’une trentaine de centimètres sur trois ou quatre mètres de long. Au départ simple corde, elle s’est transformée en somptueuse parure avec le temps. Pour cet été, l’obi se retrouve dans chaque tenue et sous différentes formes. Tour à tour en jupe, en bustier, en robe, en veste, visible ou invisible, il devient le vêtement à part entière grâce au génie créatif du couturier, qui prouve que d’un morceau d’étoffe, une collection luxueuse et poétique peut voir le jour.

Franck-Sorbier_Haute_Couture_SS-2019_©_Piero_Biaison

 

Bien qu’en dehors du calendrier officiel, la maison On Aura Tout Vu est toujours bien présente et ne cesse de faire parler d’elle par ses nombreuses collaborations avec les plus grandes stars américaines.

Les deux créateurs, Livia Stoianova et Yassen Samouilov, ont profité de ce défilé pour fêter leurs 20 ans de création. C’est le thème de l’alchimie, qui a été choisi pour ce show anniversaire, prouvant qu’avec du talent et de la passion, la réussite est au rendez-vous.

Reconnue comme maison de savoir-faire par le Syndicat des Tisserants de la région de Tango au Japon, les tissus sont pour la plupart imaginés et tissés pour On Aura Tout Vu. Ils perpétuent ainsi la tradition d’étoffes exclusives pour la réalisation de leurs tenues à destination de clientes à la recherche de pièces uniques.

Le vestiaire atypique reprend les grands classiques de la couture, mixés à des pièces contemporaines comme les perfectos en reptiles, les teddys en soie agrémentés de traînes pour des tenues du soir pratiques et confortables. Les ceintures de champions de boxe, retravaillées de cristaux Swarovski, des têtes d’animaux 3D et de cuir de crocodile deviennent les parures idéales pour agrémenter les combinaisons « seconde peau » en tulle imprimé, les robes longues ou courtes.

On-Aura_tout_vu_Couture_SS_2019_©_Elisabeth-Pantaneo

Parce que l’humour fait indéniablement partie de l’ADN maison, le final a été précédé par l’arrivée de deux dragons dorés, rappelant les festivités du jour de l’an chinois, contrastant avec l’entrée d’un couple de mariés « gladiateurs ».

On-Aura_tout_vu_Maries_Couture_SS-2019_©_Olesya-Okuneva

 

Direction la Chine pour Guo Pei qui revisite les habits traditionnels pour les transformer en tenues du soir. À travers ses créations, entre couture et œuvre d’art, elle donne vie à sa vision de la culture orientale en utilisant des matières occidentales. Richement brodés, les robes et les ensembles démontrent également le savoir-faire ancestral de la chine dans le domaine de la couture, qu’elle associe à des techniques japonaises avec l’incrustation de nacre.

Guo-Pei_Couture_SS_2019

 

Depuis l’arrivée d’Elie Saab sur les podiums parisiens, le style libanais fait désormais partie des codes indissociables de la haute couture parisienne. Si ce dernier fait partie des membres correspondants, bénéficiant ainsi du label haute couture, il a été rejoint depuis par Zuhair Murad et Georges Hobeika en tant que membres invités à défiler au calendrier officiel.

Si Georges Hobeika se concentre sur des robes brodées très classiques à destination de grandes occasions, Zuhair Murad de son côté propose une multitude de propositions pour le soir, dans un esprit plus moderne, décalé et ultra sexy pour des femmes jeunes qui assument leur féminité et leur passion de la fête.

Georges_Hobeika_Couture_SS_2019Georges Hobeika

Zuhair-Murad_Couture_SS-2019Zuhair Murad

 

Bien qu’Anglaise, la maison Ralph & Russo surfe sur la vague libanaise, avec des propositions sensiblement similaires aux créateurs du Moyen-Orient. Même si tout est réuni pour conquérir le cœur des clientes, on déplore le manque de personnalité de la maison, si loin du style décalé et avant-gardiste britannique qui s’est imposé comme une signature mode immédiatement reconnaissable.

Ralph-and-Russo_Couture_SS-2019

 

Frédéric Blanc

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