« Tisser les couleurs » à la Maison de la Culture du Japon de Paris

By on 30/11/2014

Cette fin d ‘année est décidément très axée sur le Japon entre Mulhouse et son Musée de l’impression sur étoffes avec l’exposition «Impressions du Soleil Levant » et Paris avec Hokusai au Grand Palais et «Tisser les Couleurs – Kimonos d’un trésor national » vivant à la Maison de la Culture du Japon. Si le premier a choisi l’impression sur étoffe, cheval de bataille de son industrie locale avec un focus sur la Maison Léonard Paris, La maison de la culture du Japon à Paris a voulu rendre hommage au tisserand, Fukumi Shimura qui, depuis plus d’un demi-siècle, tisse des kimonos avec des fils de soie qu’elle teint avec des végétaux. Influencée par le mouvement Mingei qui reconnaissait la valeur des arts populaires, elle n’a cessé de rechercher la beauté dans le tsumugi, sobre pongé de soie des paysannes japonaises. Grâce à sa sensibilité et à son savoir-faire extraordinaires, elle a été élevée au rang de Trésor national vivant en 1990. Aujourd’hui, âgée de près de 90 ans, elle continue à exprimer dans ses créations sa fascination pour la nature et l’infinie variété de ses couleurs.

Fukumi Shimura et Yôko ShimuraFukumi Shimura et Yôko Shimura

La Maison de la culture du Japon à Paris présente pour la première fois en France une trentaine de splendides kimonos créés par Fukumi Shimura et sa fille et disciple Yôko. Cette exposition nous révèle que, pour ces deux femmes, teindre et tisser n’est pas une simple activité artistique. C’est avant tout la quête d’une coexistence harmonieuse avec la nature.

Kimonos par Fukumi et Yôko Shimura

Quel est le plus important pour vous dans le processus de création : la couleur ou le motif ?

« Personnellement, je visualise à l’avance le kimono que je veux créer : teintes et motifs forment alors un tout.
Il ne s’agit pas de « motifs » au sens premier du terme : il peut s’agir de paysages mentaux, intérieurs, ou encore de l’expression d’une pensée abstraite, et ce ne sont jamais des motifs fixés d’avance. J’assemble au fur et à mesure les idées et schémas que j’ai en tête, dans le cadre de la structure aux nombreuses contraintes qu’est le tissage. Parfois, cela ressemble à la musique : je me livre à différentes variations d’un thème principal, et je tisse librement avec des couleurs diverses.Parfois, cela ressemble à la prose ou à la poésie, et j’exprime alors ma pensée ligne par ligne avec des graduations de couleurs aux nuances plus ou moins appuyées.
À ce moment-là je n’accorde pas plus d’importance au motif qu’à la teinte. Simplement je pense que dans mon processus de création c’est à travers la couleur que s’expriment les éléments les plus fondamentaux de ma pensée ou du dessin que je crée ».

Les kimonos que vous créez sont-ils pour vous puisés aux sources de la tradition ?

« Je travaille avec une forme traditionnelle appelée kimono. C’est quelque chose à ne pas négliger, la forme même de l’esprit japonais, pourrait-on dire. Un cadre aussi strict autorise t-il l’expression libre d’un esprit contemporain ? C’est là tout le questionnement de mon travail. Je fais chaque jour l’expérience du pouvoir de la forme prédéfinie. Certes son cadre est contraignant, mais il me semble qu’il permet aussi de façonner un sentiment esthétique et une pensée propres à la tradition japonaise. Mettre en valeur dans la société d’aujourd’hui, radicalement transformée, une façon de se vêtir transmise depuis les temps les plus anciens est vraiment une tâche complexe. Mais je crois que c’est aussi un travail indispensable, pour cette même raison. La réforme de cet art est nécessaire car à défaut, dans une société mécanisée comme celle où nous vivons, le kimono serait voué à disparaître. Ce vêtement, encore porté aujourd’hui, joue le rôle magnifique de point d’encrage d’un certain esprit japonais qui a résisté à toutes les époques et perdure encore. C’est ce que je voudrais transmettre aux jeunes générations ».

Le fait d’être désignée Trésor national vivant a-t-il provoqué un changement dans vos créations ?

« Absolument aucun. Je suis reconnaissante de cette désignation, que je considère comme une responsabilité, mais pour ma part, je m’efforce d’y penser le moins possible. Je me contente de me consacrer de toutes mes forces à la tâche qui m’incombe. Je n’avais pas particulièrement étudié la question de la transmission, mais je suis sincèrement heureuse que ma fille et des représentants de la jeune génération se passionnent pour ce travail et en assurent aujourd’hui la relève ».

fukumi et Yôko Shimura © alexandra maria bonanotte_courtesy of kyuryudoFukumi Shimura et Yôko Shimura prenant la relève de sa mère

Exposition « Tisser les Couleurs – Kimonos d’un trésor national » vivant à la Maison de la culture du Japon à Paris : 101bis, quai Branly, Paris 15

Du 5 novembre 2014 au 17 janvier 2015

Plus d’informations sur : www.mcjp.fr

Frédéric Blanc

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