Un retour aux sources pour Carven

By on 06/10/2021

Carmen de Tommaso, baptisée Madame Carven, a ouvert sa maison de couture pour répondre à un besoin personnel, ne trouvant pas de tenues adaptées à sa petite taille. Elle inaugure alors sa première boutique en 1941 dans le quartier de l’Opéra, puis fonde et installe sa maison en 1946 au 6, Rond-Point des Champs-Élysées. Le succès de cette nouvelle mode délicate, fraîche et insouciante est immédiat et dès sa première présentation couture, elle devient la coqueluche de toutes les chanteuses et actrices françaises.

 

Une histoire riche en rebondissements

Femme avant-gardiste, elle a toujours souhaité vivre avec son temps en proposant une mode facile à porter, mettant en valeur les femmes. En 1954, elle lance son parfum Ma Griffe en lâchant sur Paris des centaines d’échantillons de parfum accrochés à des petits parachutes vert et blanc, en clin d’œil à son grand succès la robe Ma Griffe verte et blanche.

En 1965, elle imagine la ligne uniforms afin de répondre à un besoin d’élégance à destination des professions nécessitant de porter des uniformes. En 1974, lors de l’inauguration de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, ses uniformes habillent le personnel.

En 1976, elle habille les sportifs français participant aux Jeux olympiques de Montréal.

Dans ces mêmes années, elle lance les lignes hommes, bijoux et foulards sous forme de licences.

Fière de ses nombreux succès en mode et en parfumerie, la grande dame restera à la tête de sa maison jusqu’en 1993, où elle décide de se consacrer à sa passion pour les meubles anciens et les objets rares. Pour lui succéder, elle nomme en 1992, Alejandra di Andia au poste de directrice artistique.

En 1995, une rétrospective est présentée au Palais Galliera afin de célébrer les 50 ans de la marque.

En 1996, le nom devient la propriété d’Apax Partners, le département couture ferme ses portes et Angelo Tarlazzi est nommé directeur artistique du prêt-à-porter jusqu’en 1998, où la maison est à nouveau vendue au groupe de parfums Daniel Harlant, qui nomme Edward Achour à la direction artistique. En 2001, la maison quitte son siège historique du Rond-point des Champs-Élysées pour la rue Royale et Pascal Millet reprend les rênes de la maison en dessinant les collections prêt-à-porter et en relançant les collections haute couture. Ce dernier restera jusqu’en 2009.

Durant cette dernière période, la maison ne cesse de décliner et les changements successifs de propriétaires affaiblissent la réputation du nom.

Le véritable retour en grâce de Carven se fait en 2010 avec l’arrivée de Guillaume Henry qui insuffle un vent de fraîcheur et de légèreté contemporaine fidèle à l’esprit des créations de Madame Carven. Le succès est à nouveau au rendez-vous, la maison revient sur le devant de la scène, les ouvertures de boutiques s’enchaînent en France et à l’étranger jusqu’au départ du designer en 2014.

Mars 2015, Alexis Martial et Adrien Caillaudaud présentent leurs visions de la femme Carven, tandis que Barnabé Hardy se concentre sur l’homme.

Le 8 juin 2015, Madame Carven décède.

En janvier 2017, Serge Ruffieux succède au duo, mais le succès n’étant plus au rendez-vous, la maison est placée en redressement judiciaire fin 2018. Elle est rachetée par le groupe chinois Icicle Fashion Group qui imagine un plan de relance mettant en avant ses principes fondateurs à savoir l’utilisation à 99% de matières naturelles (coton, laine, lin et soie) et de teintures issues de plantes.

Un retour au point de départ pour repartir sur de bonnes bases

C’est sur ce principe que la nouvelle boutique fait un retour triomphal sur le Rond-Point des Champs-Élysées dans un décor signé par Bernard Dubois. L’architecte a souhaité rendre hommage à la passion que Marie Louise Carven portait à l’architecture ainsi qu’aux arts décoratifs, tout en marquant une nouvelle ère.

Carven_Carven_boutique_Paris_6_Ron-Point_des_Champs_Elysees_©_TABASTE_DUBOIS

Les 180 mètres carrés de ce nouvel espace se déclinent dans une palette de couleurs inattendues : terre cuite et vert, rappelant le vert Carven. Bernard Dubois s’est inspiré de différentes époques pour souligner la longévité de la maison, à commencer par les années 1920 et 1930 avec un clin d’œil à l’architecture moderniste de Robert Mallet-Stevens, beau-frère de Marie-Louise Carven. Le mélange de formes rondes et de lignes droites, typique des façades de Mallet-Stevens, se retrouve ainsi à l’intérieur de la boutique. Bernard Dubois détourne ainsi les références et joue avec le concept d’intérieur/extérieur. Le mobilier est inspiré des meubles massifs brésiliens de la moitié du XXe siècle. Les années 60 sont également présentes avec l’utilisation de marbre traversin dans des teintes terre cuite, transmettant l’ambiance de cette décennie.

Carven_boutique_Paris_Interieur_©_ Romain_Laprade

Carven_boutique_Paris_Interieur_2_©_ Romain_Laprade

Ce concept unique servira de modèle pour les futures boutiques.

À l’heure actuelle la marque dispose de deux boutiques à Paris et six en Chine. La collection Automne-Hiver 2021-21 présentée dans le flagship est créée par le studio interne en s’inspirant des codes d’origine de la maison.

Carven: 6 Rond-Point des Champs-Élysées, Paris 8

 

Frédéric Blanc

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