Le Premier Festival de la mode de Tunis

By on 16/04/2013

LE FESTIVAL DE LA MODE.

Les grandes capitales n’ont pas le monopole de la mode et la Tunisie le prouve avec son premier Festival de la Mode qui s’est déroulé les 4 et 5 Avril 2013 à Tunis. Ce projet a vu le jour à l’initiative de Samir Ben Abdallah, Président de la Chambre Syndicale des Fabricants de Lingerie, et en collaboration avec le FENATEX (Fédération Nationale du Textile) dans le but de faire découvrir les créateurs de mode Tunisiens et apprécier le savoir-faire unique des entreprises de confection tunisienne.

Les deux Lauréats et Monsieur Samir Ben Abdallah

Les deux Lauréats et Monsieur Samir Ben Abdallah

Il est à noter que la Tunisie occupe le 5ème rang en tant que fournisseur de l’Europe. De nombreuses marques de grande distribution y font fabriquer leurs collections tout comme le secteur du luxe, tels Sonia Rykiel, Lacoste, D&G, La Perla, Aubade…

En plus des défilés des jeunes créateurs, ce festival avait pour mission de :

– ouvrir le débat sur l’innovation, la créativité et la communication.

– Promouvoir l’émergence de nouveaux talents de façon durable avec une aide continue.

-Favoriser le partage et l’échange multiculturels de savoir-faire et d’expériences avec de prestigieuses maisons de couture du Moyen-Orient et du Magreb, aussi bien stylistes que professionnels nationaux, et des invités de marques venus de différents horizons.

-Mettre en valeur le patrimoine tunisien relié à la mode des partenariats étrangers.

C’est dans l’enceinte du Gammarth Palace que les jeunes créateurs sélectionnés ont présenté leurs collections autour du thème « la mode méditerranéenne »à l’occasion de deux grands défilés retransmis en direct sur une chaine de télévision tunisienne, permettant d’atteindre plusieurs milliers de téléspectateurs.

Seyf Dean Laaouiti

 

C’est le jeune styliste Seyf Dean Laaouiti qui a reçu le prix du meilleur créateur avec des silhouettes ultra féminines, très inspirées par la mode européenne. En plus d’un prix de 2000€ et une participation à la troisième édition du concours « The Fashion Contest Awards » organisé à Riccione en Italie le 19 Juillet prochain, il est invité à participer au Who’s Next Paris (du 6 au 9 Juillet 2013) afin de proposer sa ligne à l’international.

 

Collection SEYF DEAN LAOUITI

Raoudha Bel Haj

 

 

Le second prix a été attribué à Raoudha Bel Haj pour une collection lingerie très colorée et suggestive. Cette ligne, où la lingerie se confondait avec des vêtements et des voiles tout en transparence, a particulièrement attiré l’attention de nombreux journalistes.

 

 

 Collection: ROUDHA BEL HAJ

Fashion-spider a voulu en savoir plus lors d’une interview avec la jeune créatrice sur sa vision de la lingerie dans un pays très conservateur ainsi que sur ses projets futurs.

FS: « Peux-tu nous indiquer ton parcours et nous préciser comment tu es arrivée à ce concours ? »

RBH: « après des études en publicité marketing, j’ai travaillé deux ans en commerce international avec mon père. Ayant toujours eu envie de faire de la mode, en 2011 je me suis dirigée vers une formation de 3 ans à ESMOD Tunis avec deux spécialités, lingerie et prêt-à-porter. Depuis, je travaille de chez moi et crée des petites séries de lingerie de façon artisanale pour des commandes privées destinées à mes amies. Afin d’avoir un avis plus objectif sur le regard que porte un plus large public et le consommateur final sur mon travail, j’ai participé au salon du mariage de Tunis l’année dernière. »

F-S: « Quelles ont été les réactions ? »

RBH: « Très variées. A cette manifestation, les visiteurs viennent en couple et ne sont pas encore mariés. Pour certains, ma collection était choquante, pour eux la lingerie devant se limiter à l’intimité et ne pas s’exposer au grand public. Heureusement d’autres se sont intéressés à mon travail, ce qui prouve que les mentalités évoluent et qu’une certaine ouverture d’esprit commence a pointer le jour. C’est pourquoi, j’ai décidé de présenter ma candidature au 1er festival de la mode pour lequel j’ai été sélectionné à ma grande surprise.»

F-S: « Pourquoi as-tu été surprise ? »

RBH: « J’avais envoyé les photos de la collection, que j’avais présenté lors du défilé de clôture de fin d’étude à ESMOD, collection très osée avec une robe de mariée très courte et ne pensais pas que cela allait passer. Ici la mode n’est pas considérée comme un vrai métier et mes parents étaient d’ailleurs contre le fait que je choisisse ce domaine et auraient préféré que je continue l’entreprise familiale. »

F-S: « Pourquoi avoir voulu créer de la lingerie alors que tu vas à l’encontre de ta famille dans un pays où le corps de la femme a plutôt tendance à être caché ? »

RBH: « Parce que j’adore la lingerie et que je suis têtue. Je ne veux faire que ce que j’aime. La lingerie, je J’ai commencée avant d’être voilée. Aujourd’hui, je continue alors que j’ai pris la décision de prendre le voile ! »

Final RAOUDHA BEL HAJ F-S: « Justement, tu as créé la surprise lors de ta sortie sur le podium. Pour nous, européens, il est assez difficile de concevoir de la lingerie alors que tu es voilée ! Peux-tu nous nous en dire un peu plus sur cette décision et quelle en est l’influence sur ton travail ? »

RBH: « Il n’y a aucun rapport avec ce fait. La lingerie est une passion. Ma famille, qui est très pratiquante souhaitait que je me voile mais j’avais toujours refusé. Suite à des problèmes personnels et la perte une amie chère, je me suis plongée dans la lecture du Coran et ai pris cette décision pour elle comme un vœu. Cela n’a rien changé à ma vie et je continue à faire ce que je veux. »

F-S: « Il est compliqué pour nous de comprendre ce choix et la contradiction entre ton apparence et ton travail ? »

RBH: « Oui, d’ailleurs cela n’est pas évident à accepter y compris pour les tunisiens. Certains me rejettent : par exemple je n’ai pas fait d’interview locale, alors que tous les autres créateurs ont été questionnés sur leur travail avant le show. Pour moi, la lingerie est indispensable pour se sentir belle. Le marché Tunisien des sous-vêtements se résume à des basiques noir, blanc et chair. »

F-S: « le voile est-il un plus ou un moins par rapport à ta mode ? »

RBH: « les deux. Si je n’avais pas porté le voile lors de ma présentation au salon du mariage, j’aurais eu beaucoup plus de réflexions. Quelque part il me protège, il donne une caution positive à mon travail. D’un autre côté, il peut être un frein pour les plus pratiquants. Dans le métier et parmi les jeunes créateurs qui ont défilé hier, certains ne comprennent pas ce que je fais là et ont refusé de me parler. »

F-S: « Ta collection est très colorée et plutôt sexy, cela n’a-t-il pas été un problème pour pouvoir défiler ? »

RBH: « Si. Ni l’organisation ni les mannequins ne voulaient d’un défilé en deux pièces. J’ai dû mettre ma lingerie sur des robes ou des voiles afin de présenter mes modèles. Les filles voulaient même défiler masquées, mais j’ai refusé ayant déjà utilisé cet accessoire pour ma première présentation. Il est impossible, dans notre pays, de trouver des mannequins qui acceptent de poser en lingerie et les rares qui osent exigent des prix beaucoup trop élevés.»

F-H: « Si je comprends bien tu as choisi une spécialisation très difficile à réaliser en Tunie?»

RBH: « oui. Il est également très difficile de trouver les matières premières pour monter des collections. Chez nous la dentelle stretch n’existe pas et je ne peux passer des commandes à l’étranger, les quantités demandées étant trop importantes. J’utilise donc ce que je trouve ici. »

F-H: « quels sont tes références en lingerie ? »

RBH: « En ce qui concerne mes amies et moi-même, nous n’achetons pas de sous-vêtements fabriqués localement. Nous nous rabattons sur Etam Lingerie et je profite de mes voyages à l’étranger pour faire mes achats. J’attends avec impatience l’ouverture de Victoria Secret ! Sinon ma référence absolue est Chantal Thomas pour son sexy chic et John Galliano pour sa lingerie légère et colorée. »

F-S: « Comment vois-tu l’avenir de ta ligne de lingerie ? »

RBH: « Dans un premier temps, je souhaite faire une formation en France et un stage dans un bureau de style, puis revenir à Tunis et créer ma marque pour répondre à la demande des femmes de mon pays. Mon but : m’imposer malgré une censure est forte. Ma famille et mon mari me soutiennent dans mon travail, même si mes parents s’interdisent d’apparaître publiquement, dans un pays où ma mode est dérangeante puisque devant rester dans le domaine du privé. »

F-S: « Tu viens de remporter hier soir un prix de 2000€ et la possibilité de présenter ton travail au prochain Concours de Riccione en Italie, que vas-tu y présenter ? »

RBH: « je vais refaire une collection grâce à l’argent que j’ai gagné. Mon souhait est de présenter quelque chose de nouveau et de distingué. Je veux montrer qu’une tunisienne voilée peut également créer des pièces de lingerie sexy, colorées et chic en la faisant défiler sur des filles qui accepteront de la porter à même la peau. »

F-S: « Sans rentrer dans des questions politiques, à ton avis, pourquoi depuis la révolution le port du voile est-il revenu en force ? Que penses-tu de cela étant donné que tu t’es spécialisée dans un secteur qui du coup est très controversé ? »

RBH: « Avant ces événements le voile était interdit ! Une jeune fille ne pouvait pas passer un examen voilée et une femme voilée ne pouvait pas travailler dans une administration. Aujourd’hui, il est autorisé et considéré comme une liberté. Contrairement à ce que pensent que les occidentaux, ce n’est pas un emprisonnement, mais un choix pour les femmes tunisiennes. Pour ce qui est de la lingerie, voile ou pas, cela ne change rien pour moi. »

Les laureats et une partie du Jury

Les laureats et une partie du Jury

Pour plus d’informations sur les autres participants rendez-vous sur: https://www.facebook.com/festival.delamode.tunis?fref=ts

Frédéric Blanc

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