Janvier 2016, un mois marqué par des disparitions

By on 21/02/2016

Ce début aura été marqué par des nécrologies en cascade, afin de rendre hommage à des personnalités venues de différents horizons et le monde de la mode n’échappe pas à ce triste raz-de-marée.

André Courrèges fait incontestablement partie du cercle très fermé des couturiers qui ont fait évoluer la mode et les mentalités. C’est à l’âge de 92 ans et après plus de 30 ans de combat contre la maladie de Parkinson que ce génie visionnaire a tiré sa révérence le 7 Janvier 2016.

Il restera le symbole des années 60 avec un style anticonformiste pour l’époque avec l’introduction de la minijupe, du vinyle, du total look blanc ou orange et des bottes plates.

Si l’architecture et la peinture sont à l’origine de ses passions, il a commencé des études d’ingénieur des Ponts et Chaussées et c’est à l’école de la chambre syndicale de la couture parisienne qu’il les a terminées. Il entre chez Balenciaga et travaille aux côtés de Cristobal durant 11 ans. Il y parfait sa technique et rencontre sa femme Coqueline avec laquelle il monte sa Maison en 1961.

Le succès est immédiatement au rendez-vous dans cette période où la jeunesse a envie de nouveautés et, même si les conservateurs le clouent au pilori avec ses confrères Paco Rabanne et Pierre Cardin, ses créations envahissent la rue.

Il banalise le pantalon pour la femme dès 1963. En 1965, il reprend la minijupe, lancée par Mary Quant en Angleterre beaucoup plus avant-gardiste, et la généralise dans chaque collection. Son goût du futur libère les femmes en leur proposant des coupes architecturales aux couleurs vives et métallisées. Parce que la femme s’émancipe à cette époque, il délaisse les talons hauts au profit de la bottine plate pour une allure plus sportive et un confort optimal pour aller travailler.

Il est également le premier à imaginer le vêtement « seconde peau » fait d’une seule pièce pouvant se porter seul ou sous d’autres vêtements.

En 1967, lassé d’être copié, il stoppe les présentations sous forme de défilé et ferme sa maison de couture, afin de rendre la mode plus accessible au travers du prêt-à-porter. Il fait partie des premiers couturiers à imaginer une ligne grand public, alors qu’à cette époque la haute couture régnait en maître.

Pour une mode globale, il créé des accessoires en plexiglas matériel au combien révolutionnaire pour l’époque, et les célèbres lunettes, symbole de la signature Courrèges.

En 1972, il ouvre à Pau son usine de production dans un bâtiment futuriste dont il dessine les plans avec les dernières techniques permettant la réalisation de ses collections.

En 1994, il prend sa retraite pour se consacrer à la peinture et la sculpture en restant propriétaire de sa maison et en confie les rênes à sa femme. Il faudra attendre 2011 pour attendre le réveil de la marque rachetée par le duo Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer, qui la relance au début par le biais de la musique, de la mode et de collections capsules rendant hommage au maître. Depuis cette année on note un retour sur les podiums par la prise en main de la direction artistique du duo français Coperni.

Le style Courrèges est intemporel et n’a pas fini de prouver sa modernité.

Andre_CourregesAndré Courrèges

Disparu également le 7 janvier 2016, Robert Goossens, artiste bijoutier, a lui aussi révolutionné le monde de la joaillerie. Il fonde sa Maison en 1950 dans le but de réaliser ses propres créations et celles de grands noms de la mode comme Chanel, devenu propriétaire de l’entreprise, Elsa Schiaparelli, Yves Saint-Laurent, Christian Dior, Givenchy, Christian Lacroix, Thierry Mugler…

Né en 1927 d’un père fondeur de bronze et d’une mère employée dans un théâtre, la fibre artistique coule dans ses veines. Il se passionne pour l’art, en particulier l’époque byzantine, que l’on retrouve dans ses collections.

Sa rencontre avec Gabrielle Chanel sera décisive dans sa carrière avec la naissance d’une collaboration sans fin.

Il faudra attendre 1974 pour voir l’ouverture de la première boutique Robert Goosens, Avenue Georges V, dans laquelle il propose ses créations personnelles.

Afin de pérenniser l’entreprise, fin 70 il transmet les secrets de son savoir-faire à son fils Patrick qui la vend à Chanel en 2005 dans sa volonté de perpétuer les métiers d’art. La direction est toujours tenue par la famille avec la troisième génération Patrick et Martine Goossens.

Robert_GoossensRobert Goossens

La joaillerie a également perdu un grand nom avec le décès d’Alexandre Reza le 15 janvier 2016 à l’âge de 95 ans.

Fils de joaillier d’origine russe, il fuit le régime soviétique après la seconde guerre mondiale pour s’installer à Paris en tant que fournisseur de gemmes pour les plus prestigieuses maisons de la place Vendôme. Sa qualité de chercheur de pierres hors pair et sa réputation le poussent à créer sa propre marque en 1981 en s’installant Place Vendôme. Il devient le fournisseur officiel de toutes les têtes couronnées et son nom sera présent dans toutes les bouches à la mort de la Princesse Diana, qui portait à sa main le jour de son accident une bague du créateur.

La caractéristique des bijoux Alexandre Reza vient du fait que, contrairement aux autres joailliers, il travaille essentiellement à partir de pierres précieuses. La forme des bijoux lui vient de ces dernières et non le contraire. Il évite de les mélanger à des pierres fines pour mieux les mettre en valeur, sa connaissance parfaite des couleurs des gemmes lui permettant d’effectuer des combinaisons sur cette seule base.

Il ferme sa boutique place Vendôme en 2007 et installe ses salons au 1er étage de l’hôtel de Fontpertuis 21, place Vendôme pour recevoir sur rendez-vous uniquement.

Malade depuis plusieurs années, le joaillier se retire des affaires en 2008 en transmettant sa maison à son fils Olivier qui perpétue son style.

Alexandre_RezaAlexandre Reza

Comment ne pas conclure cette triste nécrologie sans évoquer la disparition le 10 Janvier 2016, de David Bowie qui, bien que non créateur de mode, a su par sa personnalité faire bouger les mentalités et marquer l’histoire de la mode par des tenues imaginées sur-mesure pour ses costumes de scène. Il restera en plus d’un grand chanteur un dandy hors norme à l’élégance atypique et révolutionnaire.

David_Bowie_David_Bowie_avec_Paul_SmithSur scène en Ziggy Stardust ou en costume classique avec Paul Smith, deux facettes de David Bowie

Frédéric Blanc

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