La Paris Fashion Week automne Hiver 2020-21

By on 13/04/2020

Face au confinement, à l’annulation des grands événements à venir et à la propagation du Covi-19 à l’échelle mondiale, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode Française a annulé la Fashion Week Homme printemps été 2021 (du 23 au 28 juin) et la semaine de la haute couture automne-hiver 2020-21 (du 5 au 9 juillet). Elle a déclaré travailler activement avec ses membres sur des projets alternatifs. De son côté, Milan a déclaré déplacer sa semaine masculine en septembre, en même temps que celle de la femme, tout en n’excluant pas de travailler sur des solutions digitales pour faire vivre la période initiale prévue lors de Milano Moda Uomo avec des nouveaux formats de présentation.

New York, ville la plus touchée par le virus aux États-Unis, vient également d’annoncer l’annulation de la prochaine fashion-week pour la décaler en septembre.

 

Alors que la Milan Fashion Week voyait ses défilés s’annuler face à l’épidémie de Coronavirus, Paris a souhaité conserver sa grande messe en février dernier, malgré l’annulation de la présence des marques chinoises et de quelques marques françaises privilégiant la sécurité de leurs équipes et des journalistes. De leurs côtés, les salons professionnels, déjà en très mauvaise position, ont connu une baisse des visites sans précédent. C’est dans ce contexte préapocalyptique que s’est close cette semaine des collections automnes-hiver 2020-21.

 

Avec 70 défilés et 26 présentations au calendrier officiel, Paris s’est encore classée comme la semaine de la mode la plus impliquée au monde sur la nouvelle génération de créateurs. Quatre jeunes maisons ont défilé aux côtés des grands noms internationaux : Gauchere, la marque de la créatrice allemande Marie-Christine Statz. Coperni, le label français d’Arnaud Vaillant et de Sébastien Meyer, qui avaient mis leur marque en stand bye lors de leur passage à la direction artistique de la maison Courrèges. La marque nigérienne Kenneth Ize, créée en 2018 par Kenneth Izedonmwen, dont la particularité est une réinterprétation du luxe international à travers l’artisanat local. Noir Ninomiya, marque japonaise ayant vu le jour en 2012 sous la houlette de Comme des Garçons et dont la spécialité se base sur le romantisme et le noir associés à des notes punk.

 

Kenzo qui avait fait l’impasse en janvier 2019, suite au départ de ses directeurs artistiques, Humberto Léon et Carole Lim, a présenté l’homme et la femme en même temps sous la houlette de Felipe Oliveira Baptista. La maison a justifié le choix du designer franco-portugais pour « garder l’esprit enthousiaste, nomade et ouvert sur le monde, propre à l’univers de son fondateur, Kenzo Takada ». Il en résulte une collection urbaine, fonctionnelle et technique, dans une palette de couleurs éclatantes et des imprimés floraux qui se mélangent à des tonalités sombres en parfaite harmonie. Un esprit nomade vient compléter le dressing avec des djellabas revisitées et l’indissociable tigre, signature maison. L’oversize, emblème du streetwear devient de plus en plus chic par des coupes et une accessoirisation toujours plus élégante où les sneakers ont laissé la place aux boots.

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Kenzo_PaP_Femme_Homme_AH_2020-21Kenzo

 

Il est à noter que Kenzo n’a pas été la seule marque à profiter de cette fashion week pour proposer son nouveau format femme et homme mélangé.

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Celine_PaP_Femme_AH_2020-21Celine

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Lanvin_PaP_Femme_AH_2020-21Lanvin

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Thom_Browne_PaP_Femme_Homme_FW_2020-21Tom Browne

 

Parmi les shows et présentations qui ont marqué cette semaine on retrouve :

Dior qui depuis plusieurs saisons a pour thème fondateur la Femme et le climat. Le ton est donné à l’entrée de la tente avec un « I Say I », une référence au manifeste de la critique d’art et activiste féministe Carla Lonzi. Ces lettres lumineuses sont signées du collectif d’art Claire Fontaine, qui a installé dans tout l’espace du défilé de grands lettrages colorés qui proclament en anglais : « consentement », « l’amour des femmes est un labeur non payé », « patriarcat = urgence climatique », « nous sommes toutes clitoridiennes ». Pour rendre hommage à la femme, Maria Grazia Chiuri puise une fois de plus dans les archives maison. On y retrouve les carreaux chers à monsieur Dior, des inspirations issues de Marc Bohan, les pois. La créatrice y ajoute des inspirations tirées des images d’archives de sa mère, couturière italienne. Elle en tire des silhouettes boyish, toujours présentes dans ses créations.

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Dior_PaP_Femme_Autumn_Winter_2020_21Dior

 

Satoshi Kondo pour sa deuxième collection chez Issey Miyake propose une autre façon d’imaginer la mode. La poésie, l’émotion et l’art sont au centre de la création avec une présentation loin des codes habituels des autres maisons. On y retrouve beaucoup de pièces moulantes mettant le corps en valeur ainsi qu’une nouvelle version de la doudoune en total look blouson et pantalon.

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Issey_Miyake_PaP_Femme_FW_2020-21_©_Frederique_Dumoulin

Le final mêlant hommes, femmes, de toutes morphologies liées par des manches pose la question :  «Sommes-nous liés au-delà des langues et des cultures par les émotions que nous partageons ? ».

Issey_Miyake_PaP_Femme_AH_2020-21_Final_©_Frederique_DumoulinIssey Miyake

 

Anrealage propose un univers beaucoup plus coloré et portable qu’à l’accoutumée. Comme chez Issey Miake, les doudounes prennent des libertés pour devenir beaucoup plus créatives et ainsi aborder un nouveau style plus couture. Comme à son habitude, le créateur Kunihiko Morigana articule ses créations autour du constructivisme ou l’art de déconstruire le vêtement pour mieux le réinventer. Hyper colorées et en volumes, les tenues rappellent certains looks ludiques de Jean-Charles de Castelbajac.

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ANREALAGE_PaP_AW_2020_21Anrealage

 

Pour Guy Laroche, Richard René a organisé une présentation au sein de la boutique de l’avenue François 1er : 12 modèles entièrement réalisés par les ateliers maison à partir de vêtements vintage signés Guy Laroche, ainsi que quatre nouvelles tenues.

Cette collection est le résultat d’une recherche d’anciennes collections, dans des boutiques de seconde main ou sur internet. Une fois photographiées, ces pièces ont été transformées pour devenir de nouvelles tenues alliant l’esprit Laroche au style minimaliste du designer. Les quatre nouvelles tenues qui viennent enrichir la collection sont réalisées à partir de tissus disponibles dans les stocks de la maison.

Fidèles à la volonté de Richard René d’imaginer une autre façon de voir la mode en faisant moins de gaspillage, ces pièces uniques ne seront pas reproduites en série. Un nouveau style de prêt-à-porter voit ainsi le jour.

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Guy_Laroche_PaP_Femme_FW_2020-21Guy Laroche

 

Dans cette démarche d’une mode plus responsable, la créatrice ukrainienne Lilia Litkovskaya propose deux collections pour sa marque éponyme Litkovskaya.

Une première avec un réel prêt-à-porter produit en série.

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LITKOVSKAYA_PaP_AH_2020-21Litkovskaya

Une seconde, baptisée « Artisanal », composée de 10 pièces uniques, entièrement réalisées à partir de tissus d’archives de ses propres collections, mais également issue de différents ateliers de couture d’Ukraine. En totale adéquation avec l’air du temps, ces pièces célèbrent l’unicité et le no-gender.

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Litkovskaya_Artisanal_FW_2020-21Litkovskaya Artisanal

 

Ingie Paris tente de faire oublier la morosité ambiante par une collection festive rendant hommage à l’élégance et la festivité des années 80. La femme Ingie s’assume, elle n’hésite pas à s’imposer avec une allure féminine et lookée. Pour le soir « never too much », le lamé argent et doré est son meilleur partenaire pour faire la fête et ne jamais passer inaperçue.

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Ingie_Paris_PaP_Femme_AH_2020-21Ingie Paris

 

Kristrina Fidelskaya prône également l’élégance féminine. Perchée sur ses talons, même en jogging de cachemire, sa femme idéale est ultra féminine. Elle incarne l’image de la Parisienne qui, à toute heure du jour ou de la nuit, prône le bon goût, sans jamais se séparer de sa sexy attitude.

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Kristina_Fidelskaya_PaP_Femme_AH_2020-21Kristina Fidelskaya

 

Anais Jourden a souhaité accompagner son défilé d’un concert de l’auteur-compositeur-interprète-producteur Võx. En total accord avec une collection aux accents oniriques, les chants ont accompagné les modèles, qui étaient également présentés sous forme d’un défilé virtuel diffusé sur écran géant.

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Anaïs Jourden

 

Dawei revisite le dressing féminin en jouant sur l’oversize. Les grands classiques tels que les trenchs, les tailleurs, les pulls, les blousons prennent des dimensions hors normes sans pour autant tomber dans l’importable. Deux collaborations viennent enrichir la collection et l’univers de la marque avec :

– Le chausseur français Clergerie à travers deux modèles exclusifs déclinés sous trois coloris.

– La ligne italienne de cashemire Flakes, en utilisant le lainage provenant de la récolte de mue de chèvres. Les deux marques ont mis en place un projet « sustainable » dont le but est de créer un vestiaire qui incarne la volonté de lutter pour la protection animale et le respect de l’environnement.

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Dawei_PaP_AH_2020-21_©_Yannis_VlamosdaweiDawei

 

Nanushka est une marque imaginée en 2006 par Sandra Sandor. Implantée à Budapest, elle propose une garde-robe moderne et polyvalente pour le jour et le soir pour l’homme et la femme. Conçues dans la capitale hongroise et produites en Europe, les collections présentent le meilleur de l’artisanat. Habituée à défiler à la fashion week de New York, ville où la marque possède plusieurs points vente, elle a choisi cette saison de présenter à Paris sa vision de l’automne-hiver 2020-21. Elle juxtapose la sobriété bourgeoise des années 70 à l’esprit anarchique du grunge, donnant ainsi naissance à un chic décontracté, où les teintes automnales prennent le pouvoir. L’idée d’un luxe discret prend toute sa forme ici.

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Nanushka_PaP_Femme_FW_2020-21Nanushka

 

Kiminte, le directeur créatif de Kimhekim repart sur les formes exagérées, utilisées la saison dernière qu’il mélange à des pièces faites à la main ainsi qu’à d’autres, très commerciales, comme des jeans ou des t-shirts. Fier du patrimoine coréen, dans lequel il puise régulièrement son inspiration, il retravaille pour l’hiver, manteau, veste, jupe et chaussettes traditionnelles pour en faire des variations contemporaines.

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Kimhekim_PaP_Femme_FW_2020-21Kimhekim

 

Pour son premier show parisien, le jeune designer allemand Seyit Ares n’a pas souhaité se fondre dans la masse des défilés commerciaux, mais au contraire se démarquer par une collection extravagante. Le cuir, les couleurs, les broderies, les formes, tout y est pour placer le corps sous les projecteurs, que l’on soit un homme ou une femme, car ici, le genre free est de mise. Même si la réalisation et le choix de certaines matières révèlent encore de la jeunesse du créateur, la collection et le show nous rappellent les collections des débuts de grands créateurs comme Thierry Mugler ou Jeremy Scott dont le never too much assumé était la signature.

SEYIT ARES PFW Fall Winter 2020

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SEYIT ARES PFW Fall Winter 2020Seyit Ares

 

Toujours en marge du calendrier officiel, mais jamais absent, Naco Paris a présenté sous forme d’un happening culturel sa nouvelle collection. À mi-chemin entre mode et art, ses vêtements sont des moyens d’expression. Si en France, le couturier ne fait pas partie du sérail des noms incontournables, il représente pourtant bien notre pays à l’étranger et particulièrement en Asie où son nom se mélange aux marques les plus pointues.

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Naco-Paris_AW_2020-2_©_NatydredNaco-Paris

 

Cette semaine a été l’occasion pour la Maison Hervé L. Leroux d’annoncer son come-back sous la direction de Jocelyne Caudroy, sœur du célèbre couturier, décédé en octobre 2017. Une première collection Atelier propose les modèles iconiques maison, associés à de nouvelles créations ultra-féminines. Une ligne « voyage, chic et casual » avec des vêtements pratiques vient compléter l’offre.

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Herve_L_Leroux_PaP_FW_2020-21_©_Tania_et_VincentHervé L.Leroux

 

À suivre les tendances pour l’automne-hiver 2020-21

 

Frédéric Blanc

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