Disparition de Giorgio Armani

By on 05/09/2025

Alors que Giorgio Armani, à la suite de multiples problèmes de santé, venait d’annoncer se retirer petit à petit du devant de la scène et de la direction de son empire, dans une perspective de transmission douce et une vision pérenne pour l’avenir de sa maison, ce dernier est décédé ce 4 septembre, à l’âge de 91 ans.

 

Dans une interview exclusive accordée au Financial Times, Giorgio Armani, figure emblématique de la mode italienne, avait dévoilé les contours de son plan de succession, motivé par des préoccupations de santé et un désir de continuité sans rupture.
« Mon plan de succession consiste à transférer progressivement les responsabilités que j’ai toujours assumées à mes proches, comme Leo Dell’Orco, à des membres de ma famille, ainsi qu’à l’ensemble de mon équipe », a-t-il confié.

Leo Dell’Orco, fidèle collaborateur de la première heure et désormais directeur du design masculin, incarne cette relève discrète, mais assurée. Présent dans la maison depuis 1977, il est souvent perçu comme l’alter ego silencieux du créateur.

À 91 ans, Giorgio Armani anticipait avec lucidité l’avenir d’un empire qui a enregistré, l’an passé, un chiffre d’affaires de 2,3 milliards d’euros. Contrairement à de nombreuses maisons en pleine tourmente, Armani entend préserver l’intégrité de son ADN créatif et refuse catégoriquement de céder aux aléas d’un repositionnement confié à des designers extérieurs, parfois en décalage avec l’essence de la marque.

Toujours actif et engagé, le couturier avait profité de la Mostra de Venise pour dévoiler Armani / Archivo, une plateforme digitale inédite dédiée aux archives de la maison. Lancée lors d’un dîner caritatif au profit de l’UNICEF, cette initiative offre un regard rare sur l’héritage stylistique de Giorgio Armani à travers près de cinq décennies de création. Accessible depuis le 30 août sur archivo.armani.com, le site propose déjà une première sélection de 57 looks emblématiques, reflets d’une élégance intemporelle. Pour les adeptes du shopping en boutique un lieu ouvrira prochainement à l’extérieur de Milan.

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Giorgio Armani Fall 1986 Ready to Wear Advance Photo by Barbara White Sloan/WWD/Penske Media via Getty Images Giorgio Armani, Fall 1986 Ready to Wear

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À l’occasion de la Fashion Week de Milan, le 24 septembre 2025, la maison ouvrira l’événement avec le lancement d’une exposition à la Pinacoteca di Brera présentant 150 looks archivés par le couturier et qui retracent l’évolution de la marque sur cinq décennies, dans un dialogue sans précédent entre l’esthétique Armani et les chefs-d’œuvre de la galerie.

Enfin, la maison Giorgio Armani clôturera la Fashion Week de Milan le 28 septembre avec un défilé présenté dans la Cour d’Honneur historique, dévoilant la collection Femme Printemps-été 2026 qui sera accompagnée par des looks hommes présentés en juin dernier.

Tous ces événements entièrement pensés par Monsieur Armani démontraient de son envie insatiable d’aller toujours en avant, de promouvoir sa marque et son envie inépuisable de travail qu’il assura jusqu’au dernier moment.

Co-fondée à Milan en 1975 avec son partenaire et défunt compagnon Sergio Galeotti, la maison Giorgio Armani propose à ses débuts un prêt-à-porter masculin qui révolutionne le dressing masculin avec notamment une veste révolutionnaire, déstructurée et sans doublure, qui séduit immédiatement de nombreux hommes. Ce succès est immédiatement adapté au dressing féminin dans des collections qui bougent les codes habituels de la mode féminine avec un vestiaire minimaliste et sobre. Fort de ce succès, la marque conquiert une clientèle internationale avide de cette nouvelle mode à la fois chic et décontractée.

Dès 1981 naît la seconde ligne Emporio Armani avec une mode plus jeune et plus accessible.

En 2005, Monsieur Armani décide d’étendre son art à la haute couture avec la naissance d’Armani Privé. Il entre alors dans le cercle très fermé des maisons de couture reconnues par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode.

Ouvert sur tout ce qui passe dans le monde et l’évolution de la mode, il imagine Armani Jeans et Armani Junior pour les enfants, tout en développant parallèlement des collections d’accessoires et de bijoux.

Son envie irrépressible de poser sa griffe à différents domaines le pousse à ouvrir dès 1989 Armani Ristorante, Armani Casa avec des lignes d’ameublement d’intérieur, Armani Dolci, une marque de confiserie et de chocolaterie, Armani Fiori pour des compositions florales et bien évidemment des lignes de parfums, afin d’accompagner ses lignes de prêt-à-porter et de haute couture, lancées depuis les années 80 ainsi que la ligne Armani Beauty, en collaboration avec L’Oréal. En visionnaire, il fait partie des premiers dirigeants de maisons de mode de luxe à se lancer dans l’univers de l’hôtellerie avec Armani Hotels & Resorts.

Une chambre funéraire sera installée du samedi 6 au dimanche 7 septembre et sera ouverte de 9 heures à 18 heures, à Milan, Via Bergognone 59, à l’intérieur de l’Armani/ Teatro.

Conformément aux souhaits de Giorgio Armani, les funérailles auront lieu dans l’intimité.

La succession Armani, entre continuité stylistique et stratégie patrimoniale

À l’ouverture de son testament, Giorgio Armani a exprimé une volonté claire : assurer la pérennité de son empire en le confiant, à moyen terme, à un acteur majeur du luxe, avec lequel la maison entretient déjà des relations étroites. Parmi les noms évoqués figurent L’Oréal, EssilorLuxottica, ou encore d’autres groupes d’envergure internationale, à l’image de LVMH.

L’Oréal, détenteur de la licence des parfums et cosmétiques Armani depuis 1988, a déclaré « étudier avec grande considération cette perspective, qui s’inscrit dans le cadre de notre longue histoire commune ». De son côté, EssilorLuxottica a indiqué prendre cette éventualité « très au sérieux ».

L’actionnaire retenu pourra, à terme, prendre le contrôle du groupe — l’un des derniers bastions encore indépendants du luxe — en rachetant entre 30 % et 54,9 % du capital encore en circulation.

Le choix final reviendra à Leo Dell’Orco, compagnon de toujours et bras droit du créateur, ainsi qu’aux deux neveux d’Armani, tous trois actionnaires de la Fondation Giorgio Armani. Celle-ci joue un rôle central dans le dispositif successoral, à la fois gardienne des valeurs de la marque et garante de son avenir.

Dans l’éventualité où aucune cession ne se concrétiserait dans un délai de trois à cinq ans après l’ouverture du testament, le créateur a prévu que son entreprise soit introduite en Bourse.

Plus qu’un simple plan de succession, les volontés de Giorgio Armani traduisent une vision : celle d’une maison gouvernée selon des principes éthiques, avec « intégrité morale et correction », fidèle à une esthétique « essentielle, moderne, élégante et discrète ». Il a également insisté sur l’importance de « l’innovation, l’excellence, la qualité et le raffinement du produit ».

La Fondation, selon ses vœux, conservera toujours au moins 30 % du capital, assurant une continuité des valeurs fondatrices, au-delà même de son départ.

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Giorgio Armani : 11 juillet 1934 /4 septembre 2025

Frédéric Blanc

 

About Fred

Frédéric Blanc, styliste photo, attaché de presse et fashion éditor de Fashion-spider, le magazine spécialisé mode et beauté, fait partie des figures incontournables de Paris.

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