La Paris Fashion Week Masculine automne-Hiver 2026-27

By on 30/01/2026

Toujours projetées avec près d’un an d’avance, les collections masculines automne-hiver 2026-27 viennent d’être dévoilées. Si cette séquence conserve l’appellation de Fashion Week « Masculine », elle s’impose surtout comme un temps stratégique du calendrier international. De nombreuses maisons y présentent désormais également leurs propositions féminines, profitant ainsi d’une longueur d’avance décisive sur le rythme des acheteurs. Une anticipation précieuse, à l’heure où les buying sessions s’étirent jusqu’à la fin du mois de mars, à l’issue des présentations féminines, et où chaque semaine gagnée peut influencer les choix, les volumes et la visibilité commerciale des collections.

 

 

Parmi les nombreuses maisons françaises et internationales qui ont défilés dans la Capitale de la Mode, Fashion-Spider revient sur les moments très attendus et ses coups de cœur.

Après une première collection accueillie de manière contrastée, la seconde présentation de Jonathan Anderson pour la ligne Dior homme s’annonçait comme le rendez-vous à ne pas manquer. Et le pari est tenu.

Tout en poursuivant son travail de relecture de la mythique veste Bar, pilier de l’héritage Dior, le designer imagine cette saison une nouvelle silhouette masculine où le mélange des genres s’impose comme un manifeste.

L’impulsion créative naît d’un détail chargé d’histoire : une plaque commémorative dédiée à Paul Poiret, apposée à l’angle de l’avenue Montaigne et de la rue François Ier, juste devant la maison Dior. Marqué par cette présence et renforcé par l’acquisition d’une robe du couturier, Jonathan Anderson conçoit alors une collection pensée comme une rencontre entre deux visions fondatrices de la mode parisienne, mêlant l’élégance structurée de Monsieur Dior à l’audace libérée de Paul Poiret. Il en résulte des looks hybrides où la masculinité rencontre la féminité pour un homme fusionnant une esthétique aristocratique, punk, rock et poétique.

dior_homme_winter_2026_2027_look_1_courtesy_dior

dior_homme_winter_2026_2027_look_47_courtesy_dior

Si avec cette collection Jonathan Anderson impose sa vision du nouvel homme Dior, les propositions restent encore brouillonnes et il est difficile d’imaginer dans quelle direction il souhaite aller.

 

Après trente-sept ans à sculpter, avec une constance rare, l’identité du vestiaire masculin Hermès, Véronique Nichanian tourne une page emblématique de la maison. Discrète mais incontournable, la créatrice française a signé l’une des collaborations les plus durables du luxe contemporain, imposant une vision du vêtement masculin fondée sur l’usage, la matière et le temps long. Recrutée par Jean-Louis Dumas en 1988, elle a construit, saison après saison, une esthétique singulière : loin des effets de mode, chaque pièce respire la précision du geste, la sensualité des matières et une élégance silencieuse, reflet de l’ADN artisanal d’Hermès.

Pour son ultime défilé homme, le 24 janvier 2026, Nichanian choisit la sobriété comme langage. Fidèle à l’ADN de la maison, la collection célèbre un vestiaire aux proportions parfaites, pensé pour durer et accompagner la vie. Le cuir, pilier historique d’Hermès, structure vestes et manteaux avec une rigueur de coupe qui sublime les silhouettes, tandis que superpositions et volumes témoignent d’une maîtrise absolue du vêtement. Ici, pas de spectaculaire inutile : la force du défilé réside dans la qualité des pièces, la beauté de la matière et la précision du geste artisanal.

Dans la salle, l’émotion est palpable. Lorsque le dernier mannequin quitte le podium, une standing ovation s’élève, saluant une mode masculine exigeante, fonctionnelle et élégante, fidèle à un luxe discret mais éternel.

hermes_homme_winter_2026_27_look_1_courtesy_hermes

hermes_homme_winter_2026_27_look_49_courtesy_hermes

La prochaine collection sera dessinée par Grace Wales Bonner.

 

Devenus des rendez-vous incontournables du calendrier parisien, les défilés Louis Vuitton orchestrés par Pharrell Williams dépassent largement le cadre du simple show de mode. À chaque saison, le spectacle se déploie autant sur le podium que dans la salle, transformée en véritable théâtre où célébrités, artistes et figures influentes composent une mise en scène parallèle. Entre casting de front row ultra-médiatisé et scénographies spectaculaires, la frontière entre public et scène s’estompe, faisant de chaque défilé un événement global où l’expérience visuelle et culturelle compte autant que les silhouettes présentées.

Cette année, le directeur artistique a choisi la Fondation Louis Vuitton pour installer sa maison du futur, la DROPHAUS, une maison préfabriquée imaginée en collaboration avec l’atelier Not A Hotel. Plus qu’un simple décor, ce pavillon aux parois transparentes et baigné de lumière naturelle agit comme un manifeste entre mode, architecture et innovation : chaque détail, chaque volume, chaque rayon de lumière contribue à une expérience sensorielle où la maison elle-même devient acteur du défilé. Fidèle à cette vision, il repense le vêtement masculin avec pragmatisme et fonctionnalité : contrairement à ses collections précédentes, souvent plus ostentatoires, chaque pièce se fait utile, pensée pour durer, protéger et accompagner la vie quotidienne. Alliant le savoir-faire artisanal des ateliers Louis Vuitton aux innovations techniques, ces créations réinventent l’élégance pratique, où style et performance se mêlent avec fluidité. Dans cet espace ouvert, les silhouettes évoluent avec légèreté, incarnant une mode masculine tournée vers l’avenir, connectée, désirable et résolument réfléchie.

Depuis les années 1980, le sportswear a progressivement redessiné le vestiaire masculin, mêlant décontraction et élégance. Les collaborations streetwear-luxe des années 2010, culminant avec l’arrivée de Virgil Abloh chez Louis Vuitton en 2018, ont transformé le costume traditionnel en pièce déconstruite, portée avec sneakers et pièces techniques, donnant naissance à un « sportswear chic » devenu quasi incontournable. Après plusieurs saisons dominées par la fonctionnalité et le confort, le costume classique reprend peu à peu ses droits sur les podiums, réinventé pour l’homme moderne à la croisée du raffinement traditionnel et de l’esprit urbain contemporain. Il en résulte une collection particulièrement classique, fidèle aux codes du très haut luxe et en parfait accord avec ce retour du tailoring masculin.

louis_vuitton_homme_winter_2026_2027_look_1__courtesy_louis_vuitton

louis_vuitton_homme_winter_2026_2027_look_77_courtesy_louis_vuitton

 

Si Louis Vuitton réaffirme l’élégance classique du costume, d’autres maisons explorent le retour aux fondements de la mode masculine avec une approche résolument plus contemporaine. En retravaillant le costume, elles jouent sur les volumes, les matières, les textures et les détails techniques, offrant des interprétations plus audacieuses et adaptées au vestiaire moderne. Loin de la tradition rigide, ces réinventions donnent au tailoring une nouvelle fraîcheur, alliant sophistication, décontraction et créativité, et montrent que le costume peut redevenir une pièce centrale, plus vivante, plus versatile et parfaitement ancrée dans notre époque.

Dans cette lignée, Louis Gabriel Nouchi, propose une collection réalisée en collaboration avec la plateforme Only Fan dans laquelle le classicisme rencontre l’hyper sexualisation. En accord avec l’esthétique de la marque centrée sur la sensualité, le désir et l’intimité artistique, le designer souhaite utiliser ce réseau comme un nouveau canal d’expression et de distribution, où les créations et contenus liés à la collection peuvent exister dans un espace numérique plus intime et direct que les médias traditionnels.

Baptisée « Alien », en hommage au film de Ridley Scott, la collection explore la tension entre peur et désir avec des silhouettes qui réinterprètent les codes du classicisme au travers de mélangent de matières comme la flanelle, le latex, les tissus brillants.

louis_gabriel_nouchi_homme_winter_2026_2027_look_10_courtesy_lgn

louis_gabriel_nouchi_homme_winter_2026_2027_look_34_courtesy_lgn

 

De son côté, le créateur sud-coréen Jung Wook Jun pour sa marque Juun.J revisite le costume classique grâce à son savoir-faire unique sur le travail des proportions et des volumes pour imaginer un nouveau dressing urbain aux épaules accentuées et aux pantalons oversizes qui rappellent les coupes de années 80-90. Pour aller toujours plus loin dans la réinvention du costume et du smoking, il utilise le denim ou de nouvelles matières sans pour autant oublier les codes traditionnels du tailleur avec des cravates, des chemises et les bandes smoking dans des propositions toujours sculpturales.

juun_j_homme_winter_2026_2027_look_1_courtesy_juun_j

juun_j_homme_winter_2026_2027_look_46_courtesy_juun_j

 

Dans un tout autre genre, mais dans cette même volonté de vouloir redonner ses lettres de noblesse aux codes de la masculinité et au costume, la marque Amiri, fondée par Mike Amiri, ne cesse d’imposer son esprit Californien à travers un tailoring glamour, sensuel et décontracté. Très inspiré par la scène musicale des années 70 et l’esprit cowboy, l’homme Amiri ose les couleurs et les détails de broderies dans une totale décomplexion.

amiri_homme_winter_2026-27_look_1_courtesy_amiri

amiri_homme_winter_2026-27_look_58_courtesy_amiri

 

Le défilé IM Men d’Issey Miyake, présenté au Collège des Bernardins, a transformé la scène en pièce de théâtre méditative, où chaque vêtement devient une sculpture vivante. Sous le thème Formless Form, manteaux amples, sarouels, tuniques superposées et doudounes architecturales explorent matière et mouvement, proposant un parfait équilibre entre tailoring et sportswear, tandis que tissus thermoréactifs, teintures gradient et vestes transformables réinventent le quotidien masculin avec ingéniosité et poésie. Les accessoires, comme les sacs « TO GO » modulables, prolongent cette vision d’un vestiaire fonctionnel et esthétique, fidèle à l’esprit innovant de Miyake.

im_men_winter_2026-27_look_3_courtesy_issey_miyake

im_men_winter_2026-27_look_42_courtesy_issey_miyake

Au final, entre fluidité, audace et expérimentation, cette collection donne irrésistiblement envie de tout porter, alliant confort, style et créativité.

 

Cette saison, Kenzo n’a pas défilé, mais a choisi un hommage fort à son fondateur, Kenzo Takada, en dévoilant la collection dans sa demeure parisienne, conçue avec son compagnon Xavier de Castella. Un lieu chargé d’histoire et de sens, où Nigo, directeur artistique, réaffirme un retour aux racines de la maison, entre mémoire, créativité et esprit originel de la marque.

Fidèle à l’ADN de Kenzo, Nigo joue avec le mélange du japonisme et des codes occidentaux : vestes kimono et tailoring italien, costumes anglais et bombers américains, denim et matières techniques se croisent pour créer des silhouettes modernes et portables. Les motifs emblématiques de la maison, imprimés floraux et graphiques, se réinventent dans une palette riche et contrastée, alliant éclat et sobriété. Chaque pièce raconte une histoire, entre héritage et innovation, transformant la collection en une expérience où le passé et le présent cohabitent avec énergie et audace.

kenzo_homme_winter_2026-27_look_1_courtesy_kenzo

kenzo_homme_winter_2026-27_look_9_courtesy_kenzo

 

Dans cette même volonté d’allier tailoring classique et décontraction, la ligne masculine d’Emanuel Ungaro, imaginée par Philippe Paubert pour l’hiver 2026‑27, a proposé une collection où costumes structurés et pièces casual se répondent avec élégance. Vestes double‑boutonnage revisitées, manteaux modulables et pantalons amples créent un vestiaire à la fois sophistiqué et fonctionnel, tandis que la palette de tons terreux et les détails contemporains — coupes sans doublure, peacoats techniques — soulignent une approche moderne et vivante du tailoring. Le soir n’est pas oublié : deux smokings, dont une version spencer, rappellent que la séduction masculine passe aussi par l’élégance, offrant un vestiaire complet où style et confort cohabitent avec naturel.

ungaro_homme_winter_2026_2027_look_1_courtesy_ungaro

ungaro_homme_winter_2026_2027_look_28_courtesy_ungaro

 

Loin des codes classiques de la mode masculine, Rick Owens impose son style dark et avant-gardiste, fédérant chaque saison une communauté fidèle qui se donne rendez-vous à Paris pour découvrir ses nouvelles créations. Si le costume traditionnel n’a pas sa place ici, la collection puise subtilement dans les codes du tailoring pour construire des silhouettes sculpturales aux coupes parfaites. Cette saison, Owens introduit également une dimension plus commerciale et portable : vestes en cuir aux lignes simplifiées, bermudas en denim et parkas utilitaires viennent équilibrer son univers radical, offrant des pièces à la fois conceptuelles et plus accessibles, sans jamais perdre son attitude iconoclaste.

rick_owens_winter_2026-27_look_1_courtesy_rick_owens

rick_owens_winter_2026-27_look_41_courtesy_rick_owens

 

Très attendu par la communauté queer, le show de Jeanne Friot n’a pas déçu ses fans, transformant sa présentation en spectacle vivant mêlant mode et danse. Sur la scène du Théâtre du Rond‑Point, vingt‑trois danseurs du Ballet de Lorraine, chorégraphiés par Maud Le Pladec, ont fait évoluer les silhouettes, donnant au défilé une énergie brute et théâtrale où chaque mouvement faisait écho aux pièces présentées. La collection, fidèle au style affirmé et militant de la maison, mêle t-shirts à slogans, tartans scintillants, kilts revisités et accessoires inspirés du vestiaire queer. Si l’engagement et l’esthétique restent intacts, on ne peut s’empêcher de déplorer que la créatrice propose toujours les mêmes codes, sans réelle évolution stylistique, laissant l’impression d’une formule répétitive malgré la force du show.

 

En parlant de show, impossible de passer à côté de Willy Chavarria, designer américain basé à Los Angeles, reconnu pour mêler héritage streetwear, tailoring déconstruit et références culturelles fortes. Connu pour sa mode inclusive et militante, où chaque vêtement raconte une histoire et questionne les normes sociales, il a proposé cette saison une véritable pièce de théâtre où mode, performance et engagement se rencontrent. Sur scène, les silhouettes évoluaient comme des personnages, chaque costume et accessoire reflétant son univers engagé, entre références culturelles et questionnements contemporains. La collection, fidèle à l’esthétique Chavarria, mêle tailoring déconstruit, pièces streetwear revisitées et matières durables, offrant à la fois esthétique et propos politique, dans un spectacle immersif qui dépasse largement le simple passage de silhouettes.

 

Impossible enfin de passer à côté de la présentation de la toute première collection de souliers Christian Louboutin imaginée par Jaden Smith. Nommé en septembre 2025 à la tête de la collection masculine, il en orchestre également l’image, un terrain sur lequel il semble, pour l’instant, bien plus à l’aise que sur celui de la création pure. À cela s’ajoute une caution résolument branchée : la présence massive de célébrités, attirées autant par son aura que par la promesse d’un moment culturel fort, confère à l’événement une visibilité immédiate et un indéniable capital désir.

jaden_smith_pour_christian_louboutin_

Car si cette première proposition peine à convaincre sur le plan du design — des modèles jugés peu inspirés, parfois difficilement portables, voire importables, où le rouge iconique prend le pas sur toute véritable recherche créative — la mise en scène, elle, révèle une réflexion bien plus aboutie. Jaden Smith déploie un véritable travail narratif autour de l’image et de l’héritage de la maison, à travers une installation vidéo immersive à 360°. Composée d’écrans vintage, celle-ci diffuse des extraits issus de différentes époques, retraçant les moments clés ayant façonné l’histoire des hommes et, par extension, celle de la maison Louboutin.

Cette réflexion sur la transmission est renforcée par une scénographie symbolique : une sélection de modèles trône au sommet de colonnes antiques, clin d’œil à l’allégorie de la Vierge en pleurs face à une colonne brisée. Une mise en scène forte, presque muséale, qui évoque la continuité du savoir-faire et le passage de la connaissance de génération en génération. Si la chaussure reste encore à affirmer, l’image, portée par une stratégie culturelle et people parfaitement calibrée , est déjà pleinement maîtrisée.

louboutin_presentation_men_fall_winter_2026_27

louboutin_presentation_men_fall_winter_2026_27_courtesy_louboutin_3

louboutin_presentation_men_fall_winter_2026_27_courtesy_louboutin_2

Frédéric Blanc

 

About Fred

Frédéric Blanc, styliste photo, attaché de presse et fashion éditor de Fashion-spider, le magazine spécialisé mode et beauté, fait partie des figures incontournables de Paris.

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply