Adieu monsieur Raymond Massaro

By on 10/04/2019

Raymond Massaro, « le plus grand bottier du monde » comme il était surnommé dans le monde de la mode, vient de tirer sa révérence à l’âge de 90 ans le 5 avril 2019.

Fils de bottier, c’est tout naturellement qu’il poursuit l’œuvre de son père. A 18 ans, titulaire d’un CAP chaussures femme Louis XV, il entre au sein de l’atelier paternel situé au 2 rue de la Paix. Son exigence et son amour du travail bien fait en font un lieu incontournable des plus grandes maisons, qui y commandent leurs souliers. Sa rencontre avec Gabrielle Chanel est déterminante dans sa carrière et fera de son atelier un nom indissociable du luxe français. Fidèle à l’esprit « Chanel », Lagerfeld poursuit sa collaboration avec Massaro pour chausser les pieds de ses clientes.

De Massaro, Karl Lagerfeld disait en donnant ses esquisses de souliers : « Monsieur Massaro, faîtes pour le mieux… »

Parmi ses plus grands succès, deux chaussures devenues célèbres ont joué un rôle décisif dans sa carrière. Pour réaliser « la sandale de 1957, Mademoiselle Chanel n’avait donné qu’un seul impératif : beige et noir, les couleurs symboliques de la maison ». Raymond Massaro eut l’idée, avec son père Lazare et son oncle Donat, d’associer bout original, coupe asymétrique et élastique en remplacement de la boucle arrière. «Tout à la fois classique et hors norme ». La technique s’efface devant la ligne.

Sandale-Chanel-1957_courtesy_conseil-national-du-cuirSandale Chanel 1957

Avant cette dernière, Madame Grès a commandé en 1955 « une chaussure légère que la femme oublie, qui épouse le pied et accompagne tous les mouvements. Une chaussure d’un temps nouveau ». Pour l’imaginer, il part d’une cycliste, imaginée par lui. Il l’adapte avec «  un simple élastique cousu sur cuir. Un talon réduit à son minimum… ». Il imagine ainsi la première ballerine qui sera portée par Brigitte Bardot en 1956. Elle devient alors un des produits cultes les plus exportés dans le monde.

En 1967, il prend la direction de l’entreprise familiale et durant ses 50 ans de création, il cumule les réalisations pour les plus grands noms de la couture et du prêt-à-porter, mais va aussi jusqu’à la chaussure orthopédique, qu’il contribue à faire reconnaître et à laquelle il apporte les canons de l’esthétisme.

Il cumule alors les titres :

  • En 1970, il devient le bottier de Sa Majesté Hassan II
  • En 1987, il devient Chevalier de l’Ordre national du Mérite.
  • En 1988, il est nommé Personnalité de l’année, dans la catégorie Art et Création.
  • En 1994, Maître d’Art par le Ministère de la Culture et fournisseur des maisons les plus prestigieuses de la mode et de la haute couture (Chanel, Madame Grès, Karl Lagerfeld, Thierry Mugler, John Galliano, Azzedine Alaïa, Christian Lacroix…)

En 2003-2004, une grande exposition « Massaro, une dynastie de bottiers » lui est consacrée au Musée International de la Chaussure à Romans-sur-Isère. Karl Lagerfel en réalise l’affiche.

Faute d’héritier, il vend en 2007 sa maison à Chanel afin de faire perdurer son nom et son savoir-faire.

En 2014, la Maison Massaro fête ses 120 ans.

En 2018 : un ouvrage « Secrets de bottiers » préfacé par Inès de la Fressange, lui est consacré.

Secrets_de_bottier_Raymond_Massaro_par_Laurence_Massaro_aux_Editions_Laurence_Massaro

Raymond Joseph Massaro : 19 mars 1929 / 5 avril 2019

 

Frédéric Blanc

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