Balenciaga : Pierpaolo Piccioli quitte la maison, Martine Rose prend les commandes

By on 06/11/2026

Après seulement seize mois à la direction artistique de Balenciaga, Pierpaolo Piccioli quitte la maison. Son arrivée devait marquer un retour aux origines couture de Cristóbal Balenciaga, tout en préservant l’héritage plus contemporain laissé par Demna. Mais cette parenthèse aura été de courte durée. Kering vient d’officialiser la nomination de la créatrice britannique Martine Rose, un choix qui pourrait ramener la maison vers une mode plus radicale, nourrie par les cultures underground.

 

Kering : trois maisons, trois changements de direction

Le départ de Pierpaolo Piccioli intervient dans une période de nombreux bouleversements créatifs chez Kering. Après les changements à la tête de Saint Laurent et Alexander McQueen, Balenciaga devient la troisième maison du groupe concernée. Une succession de mouvements qui pose la question des orientations choisies par le groupe, alors que le secteur du luxe traverse une période plus difficile et que les grandes maisons cherchent à retrouver leur dynamique commerciale.

Arrivé en juillet 2025 pour succéder à Demna, parti prendre les commandes de Gucci, Pierpaolo Piccioli n’aura finalement passé que seize mois chez Balenciaga. Un passage particulièrement court pour un créateur qui comptait pourtant vingt-cinq années d’expérience chez Valentino, dont une longue période à la direction artistique.

Dans son communiqué du 5 novembre, Kering remercie le créateur et souligne sa contribution au retour des origines couture de la maison. Luca de Meo, directeur général du groupe, rappelle sa volonté de s’appuyer sur l’esprit avant-gardiste de Balenciaga, tout en honorant son héritage et en continuant à repousser les limites de la création.

Le groupe a rapidement trouvé son successeur : Martine Rose prend désormais les commandes de la direction artistique.

 

Le retour de la couture n’aura pas suffi

En faisant appel à Pierpaolo Piccioli, Balenciaga semblait vouloir retrouver une dimension plus classique de son patrimoine. Le créateur italien avait pour mission de replacer la couture au cœur de la maison, sans pour autant tourner le dos à l’héritage plus contemporain construit par Demna.

Ses collections ont tenté de faire dialoguer plusieurs époques : les volumes architecturaux de Cristóbal Balenciaga, certaines références aux années Nicolas Ghesquière et les codes plus provocateurs de son prédécesseur. Une approche qui rappelait que Balenciaga ne se résume pas à une marque de mode contemporaine, mais reste une maison dont l’histoire est intimement liée à la recherche sur la silhouette et la construction du vêtement.

Piccioli a notamment remis l’accent sur le savoir-faire, le choix des matières et la sophistication des coupes. Sa vision, plus romantique et sensible, tranchait cependant avec l’esthétique volontairement provocatrice qui avait fait la singularité de Balenciaga sous Demna.

Le paradoxe est intéressant : Kering avait salué sa volonté de renouer avec les racines couture de la maison, mais cette orientation n’aura finalement pas convaincu le groupe de poursuivre l’aventure.

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balenciaga_ss_2027_look72_courtesy_balenciagaBalenciaga par Pierpaolo Piccioli, collection printemps-été 2027

Les chiffres apportent un éclairage supplémentaire. Selon les estimations de Morgan Stanley rapportées par Vogue, le chiffre d’affaires de Balenciaga serait passé de 1,65 milliard d’euros en 2024 à 1,47 milliard en 2025. Kering ne communique toutefois pas séparément les résultats détaillés de chacune de ses maisons. Difficile, dans ces conditions, de faire de la baisse des ventes la seule explication du départ de Piccioli, même si les performances commerciales pèsent nécessairement dans les décisions du groupe.

Faut-il pour autant en conclure que la couture n’a plus sa place chez Balenciaga ? Ce serait oublier que son fondateur était lui-même un créateur profondément novateur, dont les propositions architecturales ont souvent devancé leur époque.

 

Martine Rose, un nouveau virage pour Balenciaga

Le nom de Martine Rose circulait depuis plusieurs semaines. Sa nomination est désormais officielle. La créatrice britannique, qui a fondé son label éponyme en 2007, prendra ses fonctions le 16 novembre 2026 et sera basée à Paris.

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Elle connaît déjà la maison pour y avoir travaillé pendant trois ans aux côtés de Demna, comme consultante sur le vestiaire masculin. Son propre label londonien s’est progressivement imposé comme une référence d’une mode masculine qui aime bousculer les conventions.

Ses collections jouent avec les proportions, les volumes et les références aux cultures populaires. La rue, les scènes musicales et les sous-cultures nourrissent un vestiaire singulier, parfois déconcertant, qui détourne les codes traditionnels de l’élégance masculine. Entre influences sportives, silhouettes excessives et associations inattendues, Martine Rose a construit un langage créatif qui lui est propre.

Ses collaborations avec Nike et Supreme ont également contribué à faire connaître son univers bien au-delà du cercle de la mode londonienne.

Son arrivée chez Balenciaga pourrait ainsi remettre au premier plan une esthétique plus underground, irrévérencieuse et provocatrice. Mais il ne s’agit pas nécessairement de reproduire les collections de Demna. Martine Rose possède sa propre écriture et devra trouver sa place dans une maison dont elle connaît déjà certains rouages.

 

Balenciaga n’a jamais été une maison comme les autres

Dès ses origines, Cristóbal Balenciaga a imposé une vision radicalement novatrice de la mode, faisant de la construction, des volumes et de l’architecture du vêtement son véritable langage créatif. Loin de suivre les tendances, il les devançait, inventant de nouvelles silhouettes et repoussant sans cesse les frontières de la couture.

Nicolas Ghesquière a ensuite fait de Balenciaga un laboratoire de formes et de silhouettes futuristes, avant que Demna n’ouvre un nouveau chapitre en mêlant culture underground, streetwear, provocation et références au quotidien.

Avec Pierpaolo Piccioli, la maison avait tenté de retrouver une certaine noblesse couture. Son départ montre combien il est difficile de faire cohabiter un patrimoine historique aussi fort avec les attentes d’une clientèle contemporaine, habituée à voir Balenciaga prendre des risques et surprendre.

Avec Martine Rose, Kering fait aujourd’hui le choix d’une créatrice dont l’univers est profondément ancré dans les cultures alternatives. Son expérience passée au sein de la maison constitue un atout, mais elle devra désormais imposer sa propre vision, sans se contenter de prolonger celle de Demna.

Reste à savoir si ce nouveau virage permettra à Balenciaga de retrouver une dynamique commerciale tout en préservant sa singularité créative. C’est désormais à Martine Rose de démontrer que son univers peut trouver sa place parmi les grandes signatures de la couture parisienne.

 

Frédéric Blanc

About Fred

Frédéric Blanc, styliste photo, attaché de presse et fashion éditor de Fashion-spider, le magazine spécialisé mode et beauté, fait partie des figures incontournables de Paris.

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