Le Coronavirus révolutionne le monde de la mode

By on 29/04/2020

L’arrivée du virus a modifié notre façon de vivre. Suite à l’arrêt de nombreuses industries et plus particulièrement celles des sociétés de mode, l’ensemble de la profession se remet en question quant à l’après-crise.

 

Si de nombreux designers imaginent un avenir différent pour la fabrication des vêtements avec une designers et surtout nationale, d’autres critiquent un système devenu chronophage avec trop de collections, trop de vêtements, prônant un retour en arrière.

Pour le couturier italien Giorgio Armani, il est temps de mettre un terme au système de la mode actuelle. Le luxe ayant voulu copier les rouages de la Fast fashion, les marques se sont vidées de leur sens en proposant trop de collections avec des durées de vies trop courtes.

Il souhaite dorénavant revenir à un système commercial en accord avec les saisons. Cette décision prend effet immédiatement, avec le prolongement de la période de vente de ses collections d’été jusqu’en septembre. Par la suite, le calendrier des pièces en boutique sera ainsi réorganisé afin de mieux répondre aux besoins de la clientèle.

Ce dernier a également déclaré qu’il était temps de mettre fin aux défilés croisières des grandes marques. Organisés aux quatre coins du monde, ces shows gigantesques et spectaculaires représentent un énorme gaspillage d’argent dans un seul but publicitaire. Il est temps de revenir à l’authenticité et à l’échelle humaine afin de redonner aux vêtements de marque leur légitimité.

GIORGIO_ARMANI_final-Show_AH_2020-21_©_SGPGiorgio Armani entouré de ses mannequins à la fin de son défilé Emporio Armani organisé à huis clos lors de la Milan Fashion Week AH 2020-21

 

En France, c’est la maison Saint-Laurent qui a créé la surprise en annonçant lundi 27 avril, sa décision d’annuler sa participation à la Fashion Week de Paris en septembre 2020. Elle a justifié son annonce en expliquant que la marque devait suivre son propre agenda jusqu’à fin 2020 au moins. Par cette nouvelle réorganisation, la maison souhaite maîtriser ses lancements avec un plan optimisé, guidé par les besoins de la créativité.

Cette décision fera-t-elle d’autres émules ?

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Saint-Laurent_Paris_Final-Show_AH_2020-21Défilé Saint Laurent Paris par Anthony Vaccarello, collection AH 2020-21

 

Après l’annonce de l’annulation des fashion weeks des grandes capitales de la mode, Londres se distingue en proposant une alternative novatrice, proposant une semaine des collections entièrement digitale et non genrée. De son côté, Alessandro Sartori, le directeur artistique de la maison Ermenegildo Zegna, travaille sur un défilé numérique afin d’assurer la promotion de ligne haut de gamme XXX. Ce show virtuel sera diffusé la première quinzaine de juillet et se promet comme révolutionnaire, à mi-chemin entre le défilé traditionnel et la technologie numérique. La diffusion se fera en début d’après-midi afin d’atteindre le maximum de monde, à l’est comme à l’ouest et proposera une cinquantaine de looks.

Face à cette période à risque où le contact physique devient un danger, la société italienne travaille également sur le développement d’un showroom virtuel et un concept de création de vêtements sur-mesure à distance, grâce à l’utilisation d’une empreinte 3D réalisée chez le client.

Grâce à l’avancée de la technologie, Zegna invente la haute couture sans contact.

Ermengildo_Zegna_AH_2020-21_Alessandro SartoriDéfilé Ermengildo Zegna par Alessandro Sartori, collection AH 2020-21

 

Le British Fashion Council a annoncé que pour les douze prochains mois, toutes les semaines de la mode de Londres fusionneront les vêtements pour femmes et pour hommes en une seule plateforme neutre, afin de permettre aux créateurs une plus grande flexibilité.

Cette formule prendra effet dès le mois de juin avec la première grande fashion week internationale entièrement diffusée sur une plateforme numérique.

Caroline Rush, directrice générale de la BFC, a déclaré : « il est essentiel de se tourner vers l’avenir et la possibilité de changer, de collaborer et d’innover. Nombre de nos entreprises ont toujours considéré la London Fashion Week comme une plateforme non seulement pour la mode, mais aussi pour son influence sur la société, l’identité et la culture. La pandémie actuelle nous amène tous à réfléchir de manière plus poignante à la société dans laquelle nous vivons et à la manière dont nous voulons vivre notre vie et créer des entreprises lorsque nous aurons surmonté cette épreuve. L’autre facette de cette crise, nous l’espérons, portera sur la durabilité, la créativité et les produits que vous appréciez, respectez et chérissez. En créant une plateforme culturelle pour la semaine de la mode, nous adaptons l’innovation numérique pour qu’elle réponde au mieux à nos besoins actuels et qu’elle serve de vitrine mondiale pour l’avenir. Les créateurs pourront partager leurs histoires et, pour ceux qui les auront, leurs collections, avec une communauté mondiale plus large ; nous espérons qu’en plus des perspectives personnelles sur cette période difficile, il y aura de l’inspiration à revendre. C’est ce pour quoi la mode britannique est connue ».

Cette Fashion Week nouvelle formule mettra l’accent sur le récit, en donnant la parole aux entreprises et aux créateurs de mode britannique. En plus du contenu multimédia exclusif de designers, de créatifs, d’artistes et de partenaires de marques, favorisant ainsi les collaborations, tout en réunissant mode, culture et technologie.

Autre grande nouveauté : cette expérience numérique sera ouverte au grand public et aux professionnels, fonctionnera comme un point de rencontre, offrant interviews, podcasts, journaux intimes de créateurs et salles d’expositions numériques donnant aux créateurs la possibilité de générer des ventes par le biais de collections existantes pour le public et de commandes de produits de la saison prochaine pour les détaillants.

British_Fashion-Council_AH_2020-21_Burberry-Homme_Matty_Bovan_©_SHAUN-JAMES_COXBFC: Burberry et Matty Bovan, collections AH 2020-21

British_Fashion-Council_AH_2020-21_JW_Anderson_John-Lawrence-SullivanBFC: JW Anderson et John Lawrence Sullivan, collections AH 2020-21

British_Fashion-Council_AH_2020-21_Charles_Jeffrey_LoverboyBFC: Charles Jeffrey Loverboy, collections AH 2020-21

 

Dans cette volonté de ne pas stopper complètement l’actualité des marques, plusieurs bureaux de presse parisiens (OBCM, Vald, Rituals Project, La Gazette RP, L’Appart.PR) ont développé des pressdays virtuels par le biais d’Instagram. Ils proposent ainsi de présenter les collections de leurs différents budgets aux journalistes afin qu’ils puissent relayer au grand public les tendances de la saison prochaine.

 

Ces projets digitaux auront-ils autant de succès que nos systèmes actuels ? Pour ce qui est du projet de Londres, il faudra attendre la fin de l’événement pour connaître les résultats, même si déjà cette première semaine de la mode digitale fera date dans l’histoire de la mode.

En ce qui concerne le principe d’une première fashion week non genrée, Londres innove dans une idée qui semble beaucoup plus appropriée à notre époque. En effet, depuis quelques années, pour des raisons de restrictions budgétaires, de nombreux jeunes créateurs ont déjà opté pour la présentation de collections mixtes. Pour certains s’est également l’occasion de s’inscrire dans le courant du gender fluid. Si les grandes marques ont tardé à adopter ce mode de présentation, elles y viennent de plus en plus à l’image de Paul Smith, Celine, Thom Browne, Burberry, Tommy Hilfiger.

À savoir si les fédérations de mode, française, italienne et américaine, vont suivre cet exemple et si Londres ne fera pas machine arrière au retour à la normale ?

 

Frédéric Blanc

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