Une saison Haute Couture Automne Hiver 2025 2026 en demi-teinte

By on 05/08/2025

Alors que la Haute Couture est devenue le passage obligé des célébrités pour briller sur les tapis rouges du monde entier, la semaine parisienne s’est révélée étonnamment discrète cette saison. Une édition allégée, marquée par l’absence de Dior, Jean Paul Gaultier, Valentino et Julien Fournié.

 

Pour pallier ces défections, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode a exceptionnellement ouvert ses portes à deux maisons de prêt-à-porter. Fidèle au rendez-vous, Patou a dévoilé une collection toujours aussi féminine sous la direction de Guillaume Henry. Celine quant à elle, a présenté la toute première collection de Michael Rider, un retour aux sources pour la maison, puisé dans l’ADN historique et notamment l’époque Phoebe Philo, durant laquelle Rider officiait aux côtés de cette dernière en tant que responsable du prêt-à-porter. Un clin d’œil appuyé à une période culte, habilement réinterprétée.

patou_joy_ss26_look06_courtesy_patou

patou_joy_ss26_look35_courtesy_patou Patou printemps-été 2026

celine_pap_ss2026_look2_courtesy_celine

celine_papa_ss2026_look16_courtesy_celine Celine printemps-été 2026

 

Le crépuscule d’une ère chez Balenciaga

Le moment fort de la semaine fut sans conteste le dernier défilé de Demna pour Balenciaga. En partance pour Gucci, le créateur signe ici une collection testamentaire. Puisant son inspiration dans le glamour hollywoodien de l’âge d’or et dans l’héritage de Cristóbal Balenciaga, il rend un hommage vibrant à la quête de l’impossible perfection, chère au maître espagnol. Une silhouette signature, théâtrale et parfaitement calibrée, qui clôture une décennie de collaboration intense. Avec l’arrivée très attendue de Pierpaolo Piccioli à la direction artistique, Balenciaga s’apprête très certainement à vivre un nouveau tournant esthétique, porteur d’un raffinement radicalement différent.

balenciaga_haute_couture_fw2025-26_look6_courtesy_balenciaga

balenciaga_haute_couture_fw2025-26_look39_courtesy_balenciaga

 

Maison Margiela, Glenn Martens entre respect et réinvention

Autre grand rendez-vous, la première collection de Glenn Martens pour Maison Margiela. Après un essai remarqué en tant que designer invité chez Jean Paul Gaultier, le créateur succède à John Galliano avec l’ambition d’insuffler sa vision tout en préservant les fondations posées par Martin Margiela. Si certains, peu avertis, regrettent une certaine distance avec l’univers fantasque de Galliano, Martens livre pourtant une proposition subtilement équilibrée entre respect des codes et innovations personnelles. Un exercice de style exigeant, brillamment maîtrisé.

maison_margiela_hc_fw2025-26_look1_courtesy_maison_margiela

maison_margiela_hc_fw2025-26_look37_courtesy_Maison_margiela

 

Giorgio Armani, l’absence du maestro

Présent comme à son habitude à Paris, Giorgio Armani n’est toutefois pas monté sur le podium, pour raisons de santé. Un communiqué de presse rassurant a depuis confirmé son retour prévu en septembre à Milan. Sa collection, fidèle à son style inimitable, a séduit par son élégance épurée et ses tonalités sombres, conclue par une standing ovation aussi respectueuse qu’émue.

giorgio_armani_prive_haute_couture_25_26_look_26

 

giorgio_armani_prive_haute_couture_25_26_look_77

 

Chanel, entre transition et équilibre

Toujours sans directeur artistique officiel, Chanel a confié la réalisation de sa collection au studio interne. En l’absence d’une nouvelle vision incarnée, les équipes se sont naturellement tournées vers les fondements du style Chanel, mais également vers le travail de Karl Lagerfeld, dont l’empreinte continue d’infuser les créations. Inspirée par la vie de Gabrielle Chanel, la collection rend hommage au tweed, matière emblématique découverte lors de ses séjours en Écosse, et au blé, symbole fétiche de chance et d’abondance. La proposition, à la fois respectueuse et consciente de son héritage, trouve un équilibre subtil entre tradition et modernité. Mention spéciale aux tailleurs trois pièces qui injectent une énergie nouvelle dans l’iconographie de la maison.

chanel_hc_fw_2025-26_look3_courtesy_chanel

chanel_hc_fw_2025-26_look44_courtesy_chanel

 

Schiaparelli, l’élégance maîtrisée

Daniel Roseberry s’est plongé dans les archives des années 20 et 30 de la maison Schiaparelli pour une collection plus sobre qu’à l’accoutumée, mais parfaitement pensée pour le quotidien. Des pièces de jour jusqu’aux robes longues et fluides, le vestiaire célèbre les lignes du corps féminin avec une précision rare. Parmi les créations les plus marquantes, une robe rouge inversée, ornée d’un cœur battant mimant les pulsations, a marqué les esprits et remporté tous les suffrages.

schiaparelli_hc_fw2526_look_02_courtesy_schiaparelli

schiaparelli_hc_fw2526_look_24_courtesy_schiaparelli

 

Franck Sorbier, or et mystique

Chez Franck Sorbier, le mythe de l’Eldorado prend vie. Inspiré par les rituels des Indiens Chibcha, puis par la quête obsessionnelle des conquistadors espagnols, le couturier propose une collection théâtrale, imprégnée d’or, de terres cuites, de lie de vin, de chaudron, de noir profond et de blanc immaculé. L’imagerie baroque ecclésiastique, les trésors perdus et les cuirasses conquérantes s’entrelacent dans une vision puissante et narrative.

franck_sorbier_haute_couture_fw_2025_26_eldorado_look_10

franck_sorbier_haute_couture_fw_2025_26_eldorado_look_16

 

Stéphane Rolland, l’Espagne comme fantasme

La nouvelle collection de Stéphane Rolland s’inspire de la rencontre entre Maurice Ravel et Ida Rubinstein, muse en quête d’un rêve ibérique à la fois sensuel et spectral. L’Espagne devient ici un territoire fantasmé, mécanique, mythologique, oriental et futuriste. Résultat, une garde-robe sculpturale et magistrale, où chaque silhouette incarne une forme de divinité moderne. Un hommage à la grandeur et à l’émotion pure.

stephane_rolland_haute_couture_fw25-26_Look1_courtesy_stephane_rolland

stephane_rolland_haute_couture_fw25-26_Look29_courtesy_stephane_rolland

 

Iris van Herpen, la couture de l’impossible

Inclassable et visionnaire, Iris van Herpen continue de bouleverser les codes de la Haute Couture. Loin des contraintes de portabilité, elle traite la mode comme un laboratoire expérimental, où la technologie et la poésie fusionnent pour donner vie à des créations quasi organiques. Dans un défilé hypnotique, elle présente des robes qui semblent aussi vivantes que les femmes qui les portent. Plus que de simples vêtements, ses créations deviennent des expériences sensorielles.

iris_van_herpen_hc_fw_2025_26_look2_courtesy_iris_van_herpen

iris_van_herpen_hc_fw_2025_26_look17_courtesy_iris_van_herpen

 

Elie Saab, royauté contemporaine

Le couturier libanais, premier à avoir reçu le label Haute Couture en 2003, a choisi cette saison de réinterpréter les fastes de la cour française. Les corsets et les ornements historiques sont revisités pour des femmes d’aujourd’hui, souveraines et affranchies. Loin de toute nostalgie, ses robes transforment celles qui les portent en reines modernes, prêtes à régner sur les podiums comme sur la vie.

elie_saab_haute_couture_fw_2025-26_look_2_photo_filippo fior_gorunway

elie_saab_haute_couture_2025_26_final_photo_filippo_fior_gorunway

 

Viktor & Rolf, l’art de la plume autrement

Toujours à l’avant-garde, Viktor Horsting et Rolf Snoeren ont décidé cette saison de rendre hommage au métier de plumassier tout en interrogeant la question du bien-être animal. Exit les vraies plumes, remplacées par des trompe-l’œil textiles savamment travaillés. En collaboration avec le modiste Stephen Jones, ils imaginent des coiffes spectaculaires et une collection placée sous le signe de la dualité. Baptisée Angry Birds, elle se compose de quinze passages où les mannequins défilent en duo, l’une vêtue d’un look sobre, l’autre portant une version surdimensionnée et rembourrée. Une performance aussi ironique que pointue.

viktor_and_rolf_hc_show_fw25_photo_carlo_scarpato_gorunway.

viktor_and_rolf_hc_fwF25_courtesy_viktor-and_rolf_photo_carlo_scarpato_gorunway

 

Adeline André, l’architecture du silence

Rare et précieuse, Adeline André ne défile pas à chaque Fashion Week. Pour cette saison Haute Couture Automne-Hiver 2025-2026, elle est revenue au calendrier parisien avec une proposition intime, exigeante et fidèle à l’essence même de son travail.

Déclinée en une quinzaine de silhouettes, la collection reprend les principes qui fondent son style : une coupe architecturale, un rapport organique au vêtement, et un refus de toute concession au spectaculaire. Les volumes sont savamment construits, les matières dialoguent en silence avec le corps, et la palette se fait volontairement réduite, pour mieux faire vibrer la rigueur du geste. Rien n’est démonstratif, tout est pensé, presque médité.

Son précédent défilé, s’inscrivait déjà dans cette recherche d’un vêtement à la fois sculptural et épuré, affranchi de toute temporalité. Cette nouvelle collection poursuit ce sillon unique, où la couture devient un langage intérieur, fait de retenue, de précision et de beauté contemplative.

À contre-courant des codes tapageurs de la mode, Adeline André persiste et signe une œuvre rare, où chaque apparition sur le calendrier est un événement précieux pour les amoureux de la forme pure.

adeline_andre_hc_fw_2025-26_look4_courtesy_adeline_andre

adeline_andre_hc_fw_2025-26_look13_courtesy_adeline_andre

Texte : Frédéric Blanc

About Fred

Frédéric Blanc, styliste photo, attaché de presse et fashion éditor de Fashion-spider, le magazine spécialisé mode et beauté, fait partie des figures incontournables de Paris.

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply