Le renouveau de Stéphane Kélian

By on 15/07/2025

Dans une période sombre pour les marques historiques de mode, qui disparaissent les unes après les autres, la renaissance de l’emblématique chausseur Stéphane Kélian résonne comme un nouvel espoir pour la mode française.

 

Fondée en 1960 à Bourg-de-Péage par les trois frères Kéloglanian, l’entreprise se fait rapidement remarquer grâce à ses modèles en cuir tressé, devenus la signature de la maison. Face à une demande croissante, une seconde usine voit le jour à Romans-sur-Isère, capitale française de la chaussure.

Jusqu’en 1995, la maison connaît une croissance continue, passant de 141 à 385 ouvriers. Mais, confrontée à une concurrence de plus en plus agressive, elle est contrainte de licencier 171 salariés et de délocaliser partiellement sa production.

En septembre 2002, la société Stéphane Kélian, ainsi que ses filiales SK Retail et Mosquitos, qui emploient alors environ 550 salariés, se déclarent en cessation de paiement et sont placées en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Romans-sur-Isère.

En décembre de la même année, le groupe de luxe Smalto reprend la marque. Ce rachat marque toutefois le début d’un démantèlement progressif, jusqu’à la revente de la société le 11 août 2005 à un investisseur belge, qui annonce la liquidation judiciaire de Stéphane Kélian Production dès le 22 août.

En 2007, le groupe Royer rachète la marque Stéphane Kélian et installe un bureau de création dédié à ses marques de luxe à Romans. La production est alors sous-traitée en Italie et en Espagne.

En 2020, dans le cadre d’une restructuration visant à céder certaines marques et à en mettre d’autres en sommeil, Royer conclut un accord avec Estelle Bauer, fondatrice de la société 2RM, spécialisée dans le développement du sourcing en Inde pour les entreprises du secteur. L’accord prévoit la relance de la marque Stéphane Kélian sur une période de trois ans.

estelle_bauer Estelle Bauer

La maison signe son grand retour lors du salon Tranoï à Paris, où elle présente depuis deux saisons, une première collection pour le printemps-été 2025, puis une autre pour l’automne-hiver 2025-2026. Ces collections remettent à l’honneur les modèles iconiques de la marque, notamment le fameux tressé Kélian.

stephane_kelian_sandales_tressees_ss2025

stephane_kelian_collection_femme_ss_2025 Collection printemps-été 2025

Pour en savoir plus sur le relancement de la marque, Fashion-Spider a rencontré Estelle Bauer :

F-S : Avant d’évoquer la renaissance de Stéphane Kélian, pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené à travailler dans l’univers de la chaussure et de la mode ?

E B : de belles rencontres, je n’étais pas destinée à travailler dans la mode et plus spécifiquement dans la chaussure…

F-S : Qu’est-ce qui vous a motivé à reprendre Stéphane Kélian parmi les marques en sommeil du groupe Royer ?

E B : un rêve d’enfant, et le tressé c’est le lien … il y a une vraie belle histoire et surtout la symbolique

F-S : Quelles ont été les premières étapes concrètes pour relancer cette maison au patrimoine aussi fort ?

E B : rencontrer Monsieur Stéphane Kélian est la principale étape, comment utiliser un nom sans connaitre la personne et avoir son aval.

F-S : Vous travaillez depuis plusieurs années sur le sourcing en Inde. Si ce pays est bien connu pour ses broderies, le travail du cuir reste plus discret. Comment avez-vous réussi à reproduire la technique du fameux tressé Kélian, emblématique de la marque?

E B : le savoir-faire Indien est très important et souvent minimisé car la communication n’est pas suffisante. À l’origine du projet, la peau devait venir d’Inde et le tressé d’Europe (tressé main), mais cette technique n’est plus réalisable ici et je voulais entendre ce bruit bien spécifique d’un beau cuir tressé … La question ne s’est pas posée … Il n’y a pas d’autre endroit et surtout l’Inde a toujours travaillé le cuir d’une façon remarquable, c’est une richesse dont je suis très fière et que je promeus.

F-S : Quelle place occupe aujourd’hui la durabilité et l’éthique dans vos choix de production ?

E B : elle est numéro un je pense, j’aurais pu faire les tiges en Inde, les faire venir en Italie pour le montage (qui aurait été fait peut-être dans un pays plus à l’est d’ailleurs) pour avoir un made in Italie mais où est l’éthique de ce genre de process qui est habituel aujourd’hui ? Donc oui je suis fière que les chaussures soient réalisées 100% en Inde et de rester droite dans mes bottes, dans des usines magnifiques ou je travaille avec beaucoup de plaisir. Mes productions sont en cuir donc complètement « réparable ».

Cuirs issus de la chaine alimentaire, tannés végétalement..

F-S : Si Kélian a longtemps été une marque phare de la chaussure française, elle reste peu connue des nouvelles générations. Comment ce retour a-t-il été perçu dans les salons professionnels ?

E B : très bien, j’étais même très étonnée de voir de jeunes personnes d’école de stylisme ou de mode venir spontanément pour le « beau » du produit sans connaitre la marque… c’est un très beau retour, avec beaucoup de positif, j’en étais moi-même surprise pour une première.

F-S : Quelle stratégie mettez-vous en place pour reconquérir cette nouvelle clientèle, notamment sur les réseaux sociaux et via les canaux digitaux ?

EB : jy travaille, je prends un peu de temps parce que je suis seule et je ne pensais pas que ça serait si rapide.

F-S : Pour le moment, les deux premières collections rendent hommage aux modèles iconiques. Comment envisagez-vous l’évolution stylistique de la maison dans les prochaines saisons ?

E B : je vais suivre les tendances comme tout le monde mais je ne veux absolument pas changer l’ADN de la marque, je ne suis pas là pour faire un « nouveau » Stéphane Kélian, je n’aurais jamais cette prétention. Je pense que la marque peut rester et évoluer sur ce qu’elle est et continuer à plaire et trouver son public.

F-S : Travaillez-vous avec une équipe de création dédiée, ou faites-vous appel à des collaborations extérieures ?

E B : je fais tout seule.

F-S : Les collections actuelles s’adressent à un public féminin. Une ligne masculine est-elle en réflexion ?

E B : la ligne masculine sera présentée au Tranoi pour SS26.

F-S : Envisagez-vous également d’élargir l’univers de la marque à d’autres accessoires, comme les sacs ou la petite maroquinerie ?

E B : oui j’ai déjà débuté avec la maroquinerie, des sacs… je ne les présente pas à tout le monde, cela reste confidentiel pour le moment (ce n’est pas mon premier savoir-faire je dois être prudente et ne pas m’éparpiller).

stephane_kelian_collection_femme_ah2025-26 Collection automne-hiver 2025-26

 

Frédéric Blanc

About Fred

Frédéric Blanc, styliste photo, attaché de presse et fashion éditor de Fashion-spider, le magazine spécialisé mode et beauté, fait partie des figures incontournables de Paris.

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