Sabato De Sarno chez Icicle : la mode chinoise s’offre les signatures du luxe occidental

By on 08/09/2026

Après Kim Jones chez Bosideng, c’est au tour de Sabato De Sarno de rejoindre une grande maison chinoise. Un mouvement qui traduit les nouvelles ambitions internationales de la mode chinoise et son intérêt croissant pour les signatures créatives occidentales.

 

La mode chinoise serait-elle en train de changer de stratégie ? Alors que ses grandes marques disposent depuis longtemps d’une puissance industrielle considérable et d’un marché intérieur gigantesque, elles sont désormais de plus en plus nombreuses à aller chercher en Occident les créateurs capables de construire leur identité et de leur donner une nouvelle dimension internationale.

La nomination de Sabato De Sarno, ancien directeur artistique de Gucci, chez Icicle, en est l’un des exemples les plus emblématiques. Elle intervient après l’arrivée de Kim Jones, ancien directeur artistique des collections masculines de Dior, chez le géant chinois Bosideng. Deux créateurs issus des maisons les plus prestigieuses du luxe occidental qui mettent désormais leur expérience au service de marques chinoises.

Un choix qui n’a rien d’anecdotique. La Chine ne cherche plus seulement à produire pour les grandes maisons internationales : elle entend désormais développer ses propres marques de luxe, capables de rivaliser sur les marchés occidentaux et de s’inscrire dans le paysage mondial de la mode.

Sabato De Sarno, nouvelle signature d’Icicle

Après son départ de Gucci, Sabato De Sarno ouvre donc un nouveau chapitre de sa carrière chez Icicle, marque de mode homme et femme fondée à Shanghai en 1997 par Ye Shouzeng et Shawna Tao.

Le créateur italien prendra la direction artistique du prêt-à-porter féminin et masculin, des accessoires et de la lunetterie. Bénédicte Laloux conservera parallèlement ses fonctions de directrice du design de la collection femme et travaillera désormais sous la direction créative de Sabato De Sarno.

Pour Ye Shouzeng, PDG et cofondateur d’Icicle, cette nomination doit permettre à la maison de poursuivre une ambition initiée dès sa création : associer une vision internationale de la création aux racines culturelles et à la puissance industrielle chinoises.

De son côté, Sabato De Sarno semble avoir trouvé chez Icicle un territoire particulièrement proche de ses propres préoccupations créatives. Le créateur a expliqué avoir été séduit par une maison qui s’intéresse au produit depuis l’origine des matières premières jusqu’au savoir-faire artisanal qui les transforme.

Une approche qui prend aujourd’hui une résonance particulière.

sabato_desarno_courtesy_instagram_icicle_officielSabato De Sarno

Kim Jones, le précédent Bosideng

Le phénomène avait déjà été observé avec Kim Jones. L’ancien directeur artistique des collections masculines de Dior a rejoint le géant chinois de l’outerwear Bosideng pour prendre la direction créative d’Areal, une nouvelle ligne haut de gamme destinée à accompagner le développement international du groupe.

Son arrivée avait marqué un changement de dimension pour Bosideng, jusque-là principalement identifié comme l’un des grands spécialistes chinois de l’outerwear.

Avec Kim Jones, comme aujourd’hui avec Sabato De Sarno chez Icicle, le recrutement dépasse largement la simple nomination d’un directeur artistique. Il s’agit pour ces groupes chinois de s’appuyer sur des créateurs ayant une connaissance intime des codes du luxe occidental, de sa distribution, de sa communication et surtout de sa capacité à construire une désirabilité internationale.

Le phénomène mérite d’être observé car il pourrait annoncer une nouvelle génération de maisons chinoises capables de faire dialoguer savoir-faire chinois, puissance industrielle et direction artistique occidentale.

La logique est finalement assez simple : la Chine ne veut plus seulement fabriquer le luxe pour les autres. Elle veut désormais créer ses propres références.

Icicle, l’autre visage du luxe

Dans cette stratégie, Icicle possède un atout essentiel : son positionnement est déjà en parfaite adéquation avec l’évolution actuelle du marché du luxe.

Depuis sa création en 1997, la maison développe une philosophie centrée sur la nature, la qualité des matières, la durabilité et l’artisanat. Son nom s’est progressivement imposé en Chine et à l’international, avec plus de 200 boutiques, notamment à Pékin, Shanghai et Paris.

Mais Icicle évolue surtout sur un territoire devenu particulièrement recherché : celui du quiet luxury.

Le terme est aujourd’hui largement utilisé, parfois à tort, pour désigner une mode discrète et dépourvue de logos ostensibles. Pourtant, le quiet luxury est devenu bien davantage qu’une simple tendance esthétique. Il traduit une nouvelle façon de concevoir et de consommer le luxe.

Ici, le produit ne cherche pas nécessairement à être spectaculaire. Il privilégie la qualité d’une matière, la précision d’une coupe, une construction impeccable, un cuir exceptionnel ou une finition que seuls les connaisseurs sauront immédiatement identifier.

Un luxe qui ne se montre pas, mais qui se reconnaît.

C’est justement ce qui fait sa force auprès d’une clientèle internationale de plus en plus avertie. Dans un univers saturé de logos et de signes extérieurs de richesse, la véritable distinction peut désormais résider dans ce qui n’est pas immédiatement visible.

Le quiet luxury devient ainsi un luxe d’initiés : celui que l’on reconnaît au premier coup d’œil lorsque l’on connaît les matières, les proportions, les savoir-faire et les codes de la mode.

Une stratégie internationale

Le choix de Sabato De Sarno apparaît dès lors particulièrement cohérent. Son expérience chez Gucci lui apporte une connaissance considérable du luxe international, tandis qu’Icicle possède déjà une identité fondée sur la matière, la nature et la durabilité.

La maison appartient au groupe chinois ICCF, dans lequel Kering a annoncé en avril dernier son intention de prendre une participation minoritaire. Une opération qui souligne encore davantage les ambitions internationales du groupe.

Avec cette nouvelle direction artistique, Icicle pourrait donc chercher à franchir une nouvelle étape : conserver son identité chinoise tout en lui donnant une lecture suffisamment universelle pour séduire une clientèle mondiale.

C’est probablement là que se situe aujourd’hui l’un des grands enjeux de la mode chinoise. Comment devenir une maison internationale sans perdre ce qui fait sa singularité culturelle ?

L’arrivée successive de créateurs comme Kim Jones et Sabato De Sarno apporte une première réponse : associer aux marques chinoises une expertise créative occidentale, tout en conservant leur puissance, leur histoire et leurs savoir-faire.

Une stratégie qui pourrait bien se généraliser dans les prochaines années.

Car si le luxe de demain se veut moins démonstratif, plus qualitatif et davantage réservé aux connaisseurs, les maisons chinoises disposent déjà de nombreux atouts pour répondre à cette nouvelle attente.

Avec Icicle et Sabato De Sarno, comme avec Bosideng et Kim Jones, la Chine ne regarde donc plus seulement le luxe occidental. Elle commence à écrire ses propres règles du jeu.

À retenir

La première collection de Sabato De Sarno pour Icicle sera présentée pour la saison automne-hiver 2027-2028. Un rendez-vous particulièrement attendu, qui permettra de découvrir comment le créateur italien fera dialoguer son expérience du luxe occidental avec l’identité, les savoir-faire et la philosophie de la maison chinoise.

 

Frédéric Blanc

About Fred

Frédéric Blanc, styliste photo, attaché de presse et fashion éditor de Fashion-spider, le magazine spécialisé mode et beauté, fait partie des figures incontournables de Paris.

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