Paris Fashion Week Automne-Hiver 2021-22

By on 14/03/2021

Depuis l’arrivée de la pandémie, toutes les fashion weeks se sont dématérialisées. Si ce format digital permet aux marques de continuer d’exister et de présenter leurs collections, il ne pérennise pas l’esprit festif qui se dégage des grandes semaines de la mode.

 

C’est dans ce contexte plutôt morose que la Fédération de la Haute Couture et de la Mode a présenté, du 1er au 10 mars, les collections de ses membres. Avec la généralisation des présentations digitales, les fédérations des pays prescripteurs de mode (Paris, Londres, Milan, New York), ont réalisé un énorme travail de refonte de leurs sites permettant une visibilité optimale des marques membres. Cependant, on note une désaffection de plus en plus importante de grands noms qui souhaitent se désolidariser de se système, en présentant quand bon leur semble. On soulignera à ce sujet la présentation Versace en pleine semaine parisienne.

Si les présentations milanaises ont proposé une mode riche et festive, énonçant clairement une volonté d’aller de l’avant, Paris, comme à son habitude, s’est rangée derrière une majorité de collections plutôt moroses prônant le low profil.

 

Parmi les collections incontournables, on retrouve :  

Le show spectaculaire de Chloé qui a profité du couvre-feu pour transformer Saint-Germain-des-Prés en podium le temps d’une nuit. Avec cette première collection, Gabriela Hearst impose les nouvelles lignes directrices de la maison, à savoir un prêt-à-porter de luxe éthique, durable et inclusif. Si l’ensemble redonne envie de s’intéresser à la maison, un trop-plein d’informations se fait rapidement sentir. Le hippie chic, très cher à Chloé redevient le fil conducteur de la saison, mais il s’entremêle de tenues citadines plutôt classiques, de looks over chargés ou à l’inverse très simples, voire pauvres et sans grand d’intérêt pour une maison de luxe.

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Évènement chez Chanel qui déroge à ses habitudes en choisissant également la rive gauche pour présenter une collection restreinte à travers un film très intimiste, tourné chez Castel. Virginie Viard justifie ce choix par l’envie d’une présentation dans laquelle les filles s’amusent entre elles, en défilant, pour un rendu plus chaleureux et vivant.

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Dans ce même esprit de changement, la collection toujours fidèle aux codes maison prend cependant des libertés en mélangeant les codes des sports d’hiver au chic parisien des années 70. Le contraste des volumes et des matières agit comme un let motiv tout au long des 56 silhouettes dans lesquelles le corps apparaît souvent.

En écho à l’esprit festif de ce haut lieu des nuits parisiennes, les tenues sont rehaussées par des matières brillantes et une riche accessoirisassion.

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Pour Dior, Maria Grazia Chiuri poursuit ses collaborations artistiques pour imaginer les mises en scène de ses présentations. Cette saison elle cosigne son film avec l’artiste italienne Silvia Giambrone et la chorégraphe israélienne Sharon Eyal tourné à la galerie des Glaces du château de Versailles.

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Danseuses et mannequins revisitent les contes de fées dans un décor de miroirs sans reflets. C’est dans cet univers cinématographique que les princesses modernes aux yeux charbonneux ont présenté une collection moderne et commerciale, repensant les grands classiques de la maison. On y retrouve une série de manteaux inspirés des uniformes des soldats, la veste Bar iconique, les grandes robes du soir et le rouge, couleur fétiche de Monsieur Dior. Les codes du masculin/féminin imposés par la directrice artistique se marient à la perfection à l’ensemble pour constituer le dressing idéal des princesses urbaines.

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Olivier Roustaing pour Balmain invite à un voyage élégant pour parcourir le monde, loin des contraintes de la pandémie. Sur fond de décor d’avion et de piste de décollage, le designer présente un dressing idéal mêlant le glamour des années 80 à des pièces de grande qualité et pourtant tout à fait commerciales. Ici le banal n’a pas le droit de citer, la femme assume son goût pour le beau et son amour pour la mode en survolant les restes du monde d’un air hautain. Le nerver too much n’ayant pas de limites, une nouvelle ligne de bagages monogrammés accompagne les looks.

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Pour sa première collection Givenchy prêt-à-porter, Matthew M. Williams semble vouloir faire table rase du passé pour écrire sa propre histoire. En excellent styliste photo, cet autodidacte qui n’a fait aucune école de mode propose une succession de looks banquables, comme il aurait pu le faire pour le spécial mode d’un magazine. En clair, il ne propose pas du Givenchy, mais un condensé de looks issus de différentes inspirations qui font la mode d’aujourd’hui.

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Bruno Sialelli semble avoir enfin arrêté sa revisite des archives Lanvin pour redonner envie aux clientes de retourner dans la maison grâce une collection festive et désirable.

Finis le confinement et la morosité, direction le Shangri-La pour une fête aussi élégante que disjonctée, sous les décibels du tube « Rich Girl » interprété par Gwen Stefani et la rappeuse Eve, qui fait une apparition dans le film.

À l’image des collections dessinées par Albert Elbaz, les robes de cocktail courtes dominent et jouent la fantaisie. Si le noir est largement présent, le rose fuchsia et le pastel viennent réveiller l’ensemble. La night clubbeuse Lanvin ne se refuse rien, elle assume de porter le total look fausse fourrure léopard et se pare de plumes. Pour accentuer l’esprit festif, les bijoux en strass ponctuent les looks et se retrouvent même en imprimés en XXL sur les robes.

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Autre palace et autre ambiance pour Dice Kayek. Habituée des films, la créatrice turque a souvent opté pour des vidéos pour présenter ces collections. Elle nous entraîne cette fois-ci au Pera Palace, l’hôtel historique d’Istanbul, avec une troupe de femmes fatales revisitant un roman digne d’Agatha Christi « Qui a tué Philippe Stone ? »

En total accord avec son style, elle propose une sélection de robes et d’ensembles aux proportions affirmées qui font sa signature depuis 30 ans.

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Thom Browne, grand habitué des shows spectaculaires, explore une nouvelle facette de son univers féérique à travers un film en noir et blanc. En accord avec la saison hivernale, dans un paysage de montagnes enneigées, une princesse est ramenée chez elle par des petits bonshommes stylisés dont la silhouette est reprise de manière récurrente dans toute la garde-robe sous forme de broderies ou d’imprimés. Princesse des temps modernes se déplaçant en hélicoptère, on découvre en fait que la princesse n’est autre que Lyndsey Vonn, la championne olympique de ski.

Si Thom Browne dévoile une tenue de ski à la fois élégante et technique, le reste du vestiaire demeure fidèle à son style à la fois baroque, sculptural et couture s’apparentant plus aux costumes du XIXe siècle.

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Coperni a organisé le show qui aura le plus marqué cette semaine. Seul défilé proposé en présentiel, le duo de créateurs a fait affréter des voitures de luxe pour conduire et organiser le premier défilé sous forme de drive in à la défense Aréna. Le public, surtout composé d’influenceurs, a été invité à découvrir un dressing destiné à la vie festive nocturne.

Si une grande partie de la collection se focalise sur le sexy et la séduction, Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer, n’oublient pas la situation dans laquelle nous sommes et proposent des tenues homewear sensuelles et confortables.

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Jean-Claude Jitrois, qui a fait du cuir sa signature, prend appui sur le poème d’Ovide pour imaginer le vestiaire idéal de l’homme et de la femme. Amoureux de la vie, il retranscrit dans sa collection les métamorphoses et l’art d’aimer sans distinction de sexe. Il en résulte un vestiaire androgyne, ou la sexy attitude se joue des codes du luxe. Pour accentué l’esprit no gender, de nombreuses pièces sont proposées aussi bien pour l’homme que pour la femme.

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Dans ce même esprit de proposition gender fluid, la créatrice transgenre Nicola Lecourt Mansion impose un peu plus chaque saison sa patte et surtout sa place dans le dressing de nombreuses personnalités des arts. Si Lady Gaga fait déjà partie des clientes, l’apparition de la chanteuse Chris ne passe pas inaperçue dans le film présentant la nouvelle collection.

La collection Lecourt Mansion s’inspire de l’imagerie du film américain pour adolescents Clueless, dans laquelle la styliste propose « des vêtements pensés pour tous les jours pour une personne qui aime ma légèreté, ce qui brille, ce qui est doux ». Totalement inclusives, les pièces s’adressent à tout le monde et sont imaginées pour être proches du corps sans vraiment le compresser. La présence de lingerie, très chère à Nicola, se retrouve dans de nombreuses pièces et fait partie intégrante de l’ADN qui revendique une ouverture d’esprit sans tabou.

 

Frédéric Blanc

 

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